Procès Charlie : "Tu vas le payer", le principal accusé menace une enquêtrice en pleine audience

Procès Charlie : "Tu vas le payer", le principal accusé menace une enquêtrice en pleine audience
La cour d'assises spéciale de Paris le 2 septembre 2020, à l'ouverture du procès Charlie Hebdo

, publié le vendredi 16 octobre 2020 à 17h00

Il l'a interrompue en pleine audience. Ali Riza Polat, le principal accusé du procès des attentats de janvier 2015, a menacé ce vendredi une enquêtrice venue témoigner devant la cour d'assises spéciale de Paris, en lui disant qu'elle allait "payer". Une procédure pénale va être ouverte contre le trentenaire, qui n'en est pas à son premier coup de sang depuis l'ouverture de ce procès historique. 

"Tu vas le payer!".

Depuis son box vitré, Ali Riza Polat a menacé l'enquêtrice venue témoigner vendredi 16 octobre devant la cour d'assises spéciale de Paris, dans le procès des attentats de Charlie Hebdo, qui a débuté le 2 septembre dernier. Il avait auparavant mimé un coup de poing envers la fonctionnaire pendant son témoignage et l'avait interrompue de façon intempestive, lui valant plusieurs rappels à l'ordre. 



Les menaces de l'accusé, soupçonné d'avoir servi de "bras droit" au tueur de l'Hyper Cacher Amédy Coulibaly, sont intervenues au moment où le témoin, une policière de la Sous-direction anti-terroriste (Sdat), abordait la question de sa radicalisation religieuse.

Une procédure ouverte 

"C'est scandaleux, il y a des limites à ne pas dépasser", a réagit l'avocat général Jean-Michel Bourlès, annonçant l'ouverture d'une procédure à l'encontre de l'accusé. "Vous savez ce que je vais faire? Je vais ouvrir une procédure pour menaces sur personne dépositaire de l'autorité publique. Vous serez renvoyé devant le tribunal correctionnel pour répondre de cela", lui a-t-il assuré. 

L'avocate d'Ali Riza Polat, Maître Isabelle Coutant-Peyre, a reconnu un comportement "inapproprié" mais appelé la cour à relativiser l'incident. "Les réactions de mon client sont celles de quelqu'un qui se considère comme injustement accusé. Il perd parfois le contrôle de lui-même", a justifié l'avocate, en précisant que son client était sorti de ses gonds en raison des déclarations relatives à son comportement vis-à-vis de sa mère.

A l'origine de la menace, l'enquêtrice qui assurait qu'Ali Riza Polat "partageait les convictions religieuses de son ami Amédy Coulibaly", relatant le contenu d'une conversation entre la mère de l'accusé et l'une de ses amies captée lors d'une écoute téléphonique. au cours de celle-ci, la mère d'Ali Riza Polat explique à son interlocutrice avoir été insultée par son fils, qui l'aurait qualifiée de "mécréante" et de "perverse". 

Des propos contestés par l'accusé, originaire, comme Amédy Coulibaly, d'une cité de Grigny en Essonne. "Elle peut mentir sur moi mais pas sur ma famille (...) Mon beau-frère il va venir", a lancé Ali Riza Polat, coutumier des coups de sang depuis le début du procès.


L'accusé menacé d'expulsion 

A la reprise de l'audience vendredi après-midi, le principal accusé, poursuivi pour  "complicité de crimes terroristes" et qui encoure la prison à perpétuité, s'est excusé auprès de la cour, tout en niant avoir "menacé" la policière. "On peut mentir sur moi mais on ne ment pas sur ma famille. Ma soeur, mon beau-frère, c'est tout ce que j'ai. Est-ce que j'ai déjà insulté quelqu'un dans ma famille? Non. Vous pouvez faire un Skype avec eux, ils le diront, ma mère va venir ici", a-t-il déclaré.

"Ce n'est pas un défaut de langage monsieur, vous savez bien ce que vous faites et ce que vous dites", a conclu le président Régis de Jorna. "Si jamais vous réitérez des menaces à l'encontre de cette enquêtrice ou de toute autre personne, vous serez expulsé", a-t-il prévenu.

Reporté en raison de la crise sanitaire, le procès des attentats au sein de la rédaction de Charlie Hebdo, à l'Hyper Cacher et à Montrouge, qui ont causé la mort de 17 personnes s'était ouvert le 2 septembre et doit durer jusqu'au 10 novembre. Quatorze suspects défilent à la barre dans ce procès exceptionnellement filmé pour son caractère historique.


 

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