Procès Bygmalion: la campagne qui s'emballe "c'est une fable", s'emporte Sarkozy

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Croquis d'audience de la comparution de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel, à Paris, le 15 juin 2021
Croquis d'audience de la comparution de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel, à Paris, le 15 juin 2021
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© AFP, Benoit PEYRUCQ

publié le mardi 15 juin 2021 à 19h31

"Elle est où la campagne qui s'emballe? Elle est où la campagne en or massif?"... Devant le tribunal où il comparaît pour les dépenses excessives de sa campagne 2012, Nicolas Sarkozy s'est défendu avec véhémence de tout excès, assurant que cette campagne n'avait pas coûté plus cher que celle de 2007.

En début d'après-midi, il est entré dans la salle d'audience, l'air grave, vêtu d'un costume et d'un masque noirs, d'une chemise blanche.

Depuis l'ouverture du procès le 20 mai, il n'avait assisté à aucune audience et se faisait représenter par son avocat Me Thierry Herzog. 

"Ce qui intéresse le tribunal, c'est comment la campagne a été organisée", commence la présidente Caroline Viguier. "Qui, comment, quoi ?"  

"J'ai fait 40 ans de politique, c'est ma vie, les campagnes, je connais", répond M. Sarkozy. "Je n'ai jamais vu une campagne, petite ou grande, qui n'accélère pas". "Ma campagne 2012 ressemble comme une sœur à ma campagne 2007".

"Il n'y a pas eu d'emballement", martèle-t-il, "c'est une fable". La campagne était "dynamique", mais "nous faisions les mêmes villes, les mêmes salles que les autres candidats". 

Après 10 minutes d'audience, le masque a glissé sous le nez, au fil de ses démonstrations emballées. Il les ponctue de grands gestes, se tournant tour à tour vers le tribunal et les représentants du parquet, ou prenant à témoin ses co-prévenus.

Plusieurs fois, la présidente l'arrête. Il baisse d'un ton, "pardon Mme la présidente", avant de reprendre de plus belle, vociférant comme dans un meeting.

Contrairement à ses 13 co-prévenus qui l'écoutent - anciens cadres de Bygmalion et de l'UMP, directeur de campagne, experts comptables -, M. Sarkozy n'est pas jugé pour le système de double facturation imaginé pour masquer l'explosion des dépenses autorisées pendant sa campagne.

Il comparaît pour "financement illégal de campagne" uniquement, et encourt un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende.

Sur l'organisation de la quarantaine de meetings, il n'a donné "aucune" consigne, dit-il. Si, deux, se reprend-t-il. "Une bonne sono, je ne voulais pas me casser la voix, je ne suis pas Patrick Bruel. Et qu'à la télé, je n'ai pas l'air blafard". 

Tout de même, dit la présidente, le "grandiose" meeting de Villepinte par exemple - coût estimé à 6 millions d'euros -, avait usé de vidéos à "360 degrés", d'une "scénographie exceptionnelle", "d'une scène sur mesure", voire "d'une musique spécialement créée pour l'événement".

"Villepinte c'est un hangar, il y a une scène sur mesure sinon il n'y a pas de scène", balaie-t-il. Et la musique, "c'est un ami de Carla qui l'a faite, gratuitement". 

- "Ca passait" -

La présidente veut savoir si on l'a tenu informé de l'évolution des dépenses.

"Je suis président de la République", répète M. Sarkozy à l'envi. "Soit je suis l'Elysée à faire mon travail de président, soit je suis sur les routes", pour la campagne.

"Je n'ai pas de temps à consacrer à un point comptable. A partir du moment où ça fonctionne, et que tout le monde me disait que ça passait, je n'avais aucune raison de m'en préoccuper".

L'accusation estime que M. Sarkozy a laissé filer les dépenses, malgré plusieurs alertes claires sur les risques de dépassement, et ainsi "incontestablement" bénéficié de la fraude, qui lui a permis de disposer de "moyens bien supérieurs" à ce qu'autorisait la loi: au moins 42,8 millions au total, soit près du double du plafond légal à l'époque.

Pendant le procès, trois anciens cadres de Bygmalion ont décrit comment l'UMP (devenue Les Républicains) leur avait demandé de mettre en place le système de fausses factures. Au parti, seul Jérôme Lavrilleux a reconnu l'existence de la fraude.

Mais Nicolas Sarkozy ne croit pas à cette thèse. "Cette campagne n'a pas coûté ce qu'on dit", soutient-il, estimant que Bygmalion - fondé par des très proches de Jean-François Copé - s'est "goinfré" sur sa campagne.

"J'ai démonté qu'il n'y avait pas eu de meetings en or massif", répète-t-il, cette fois à la procureure Vanessa Pérrée.

"Ce n'est pas ce qu'on a entendu pendant les quatre semaines de ce dossier" - auxquelles elle aurait aimé qu'il assiste, lui répond-elle sèchement. Elle rappelle aussi que les expertises ont montré que les commissions de Bygmalion étaient dans la norme.

Nicolas Sarkozy ne veut rien entendre, il s'énerve : "Ceux qui ont fait appel à ce prestataire, c'est l'UMP, et l'UMP est dirigée par Jean-François Copé. S'il faut mettre des points sur les +i+, on va les mettre".

Les sarkozystes et copéistes se sont toujours rejeté la responsabilité de ce scandale qui a causé des déflagrations en série à droite. Quand l'affaire avait été révélée dans la presse en 2014, Jean-François Copé avait d'abord été accusé d'être derrière un système créé pour constituer un "trésor de guerre" dédié à son avenir politique.

"Il y a eu des fausses factures et des conventions fictives, c'est avéré", avance encore M. Sarkozy. Mais "l'argent n'a pas été dans ma campagne, sinon ça se serait vu. On aurait dit: +Sarkozy est devenu fou, il donne du caviar au public de ses meetings+", crie-t-il à nouveau.

Une fois son interrogatoire terminé, Nicolas Sarkozy veut conclure. Sa voix se fait plus posée. "J'ai voulu dire au tribunal du fond du cœur, sans calcul, ce qu'avait été la vérité". 

L'audience reprend mercredi avec les plaidoiries des parties civiles, les réquisitions sont attendues jeudi. 

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