Privés de lycée pendant des mois, des jeunes redoutent l'entrée à la fac

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Dans une salle de l'université Pantheon-Sorbonne à Paris, le 30 mars 2018
Dans une salle de l'université Pantheon-Sorbonne à Paris, le 30 mars 2018
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© AFP, STEPHANE DE SAKUTIN

, publié le jeudi 16 juillet 2020 à 17h26

"La fac, en temps normal c'est déjà impressionnant, mais là..." De nombreux bacheliers, qui n'ont pas remis les pieds en cours depuis la mi-mars, appréhendent leur rentrée à l'université en se demandant s'ils auront bien le niveau attendu.

Les vacances scolaires ont officiellement débuté depuis près de deux semaines. La quasi-totalité des élèves de Terminale ont décroché leur baccalauréat - 95,7%, un record. Pour autant, tous n'ont pas l'esprit tranquille.

"On va être lâché dans la nature, j'ai peur d'être totalement désorientée", s'inquiète Eva qui a demandé une fac de psycho sur la plateforme Parcoursup. "D'habitude, deux mois de grandes vacances suffisent à nous faire perdre le rythme. Mais à la rentrée, on aura eu six mois sans aucun cours".

Ils ne sont en effet pas nombreux à avoir revu leurs professeurs depuis la mi-mars et la fermeture de tous les établissements scolaires pour cause de lutte contre l'épidémie de coronavirus. En général seuls sont revenus au lycée les élèves les plus en difficulté qui s'attendaient à devoir passer l'oral de rattrapage du bac.

Les autres, comme Magda, ont le sentiment d'être en vacances "depuis très longtemps". Si elle a suivi ses cours de Terminale ES à distance, "c'était souvent superficiel", résume-t-elle. Et dans certaines matières comme en maths, le programme n'a carrément pas été terminé. "C'est ce qui m'inquiète, car l'an prochain je ferai une licence administration économique et sociale à la Sorbonne".

"Je n'ai pas l'impression de quitter le lycée avec le bon bagage", renchérit Sophie qui a demandé à entrer en fac de lettres. Pendant le confinement, elle explique avoir eu "des polycopiés à lire sur des concepts hyper abstraits, sans professeur pour les expliciter".

Elle redoute d'autant plus sa rentrée qu'elle est entourée d'incertitudes. "J'ai entendu dire que la plupart des cours magistraux se feraient en visio-conférence, ce qui n'aiderait pas pour assimiler les notions", dit-elle.

- "Mettre tout le monde d'aplomb" -

D'autres élèves adoptent la méthode Coué et se rassurent comme ils peuvent: "nous aurons tous vécu la même chose, nous serons tous dans le même bateau à la rentrée", observe Gabriel, fataliste, qui se prépare à entrer en prépa ingénieur. "Les élèves devront peut-être faire un effort pour se remettre dans le bain mais les profs aussi devront s'adapter à la situation", glisse-t-il.

Le gouvernement comme les universités sont conscients que chacun devra y mettre du sien pour cette rentrée pas comme les autres.

"Il y aura dans les universités, mais aussi dans les écoles d'ingénieurs ou encore les classes prépas, une phase pour mettre tout le monde d'aplomb après un 3e trimestre bouleversé", affirmait mercredi au Parisien Jérôme Teillard, chef de projet pour Parcoursup au ministère de l'Enseignement supérieur. "Quand on n'a pas fréquenté le lycée pendant trois mois, il faut reprendre un certain nombre de choses".

Les universités en appellent notamment à l'Etat pour accroître les moyens dédiés aux "dispositifs de remédiation", ces parcours d'accompagnement proposés aux étudiants les plus fragiles.

"Il va falloir qu'on personnalise les parcours des lycéens qui commencent leurs études et qu'on fasse preuve d'imagination en développant par exemple le tutorat étudiant", avance Gilles Roussel, le président de la conférence des présidents d'université (CPU).

Les facs ont souvent déjà prévu un effort particulier pour les nouveaux étudiants. "On a réservé tout le mois de septembre pour les accueillir dans des bonnes conditions, avec des petits groupes de 50 à 60 personnes, contre plus de 1.000 d'ordinaire", explique par exemple Olivier David, président de l'université Rennes 2. "Il y a beaucoup d'inquiétudes, il va falloir rassurer".

A l'université Lumière Lyon-II, la rentrée sera décalée à la fin septembre, sauf pour les premières années, histoire de leur laisser le temps de s'adapter, indique sa présidente Nathalie Dompnier. Les premiers cours magistraux auront lieu pour eux "en présentiel". Ceci afin d'atténuer "le choc" probable d'une arrivée à l'université dans des conditions pas forcément optimales. 

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