Retraites: les avocats toujours massivement mobilisés en France

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En grève, des avocats du barreau de Marseille manifestent devant le palais de justice le 13 janvier 2020 pour dénoncer la perte de leur régime de retraite
En grève, des avocats du barreau de Marseille manifestent devant le palais de justice le 13 janvier 2020 pour dénoncer la perte de leur régime de retraite
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© AFP, GERARD JULIEN

, publié le lundi 13 janvier 2020 à 19h25

Rassemblements, robes noires jetées à terre ou accrochées aux grilles des palais: les avocats se sont à nouveau massivement mobilisés lundi contre la réforme des retraites, alors que les représentants de la profession étaient reçus à la Chancellerie.

Ils étaient plusieurs dizaines, réunis en silence, sur les marches du palais de Justice de Paris. Signe d'une colère qui dure, à Marseille, les avocats ont couvert de rouge l'épitoge d'ordinaire blanche de leur costume, puis suspendu leurs robes aux grilles. Même image à Lyon, où la "mort de la profession" a été symbolisée par des robes noires pendues aux rambardes des escaliers du tribunal.

Le projet de réforme prévoit notamment de doubler les cotisations retraite (de 14 à 28%) pour les avocats gagnant moins de 40.000 euros par an, et les pensions, actuellement au minimum de 1.400 euros net, passeraient à 1.000 euros, selon le Conseil national des barreaux (CNB) qui représente les 70.000 avocats français.

A l'issue d'une réunion de plus de deux heures avec la ministre Nicole Belloubet et Laurent Pietraszewski, le monsieur retraite du gouvernement, la présidente du CNB Christiane Féral-Schuhl, entourée du bâtonnier de Paris Olivier Cousi et la présidente de la Conférence des bâtonniers Hélène Fontaine, a déclaré n'avoir reçu "aucune nouvelle proposition" mais "senti que nos interlocuteurs étaient très préoccupés par la situation de crise".

"Nous avons exigé que des garanties soient apportées sur l'autonomie de notre régime (...), pour que les avocats ne perdent pas un euro. Des propositions vont être formulées par écrit dans la semaine", a-t-elle indiqué à la presse, précisant qu'en l'état, le mot d'ordre de grève était "maintenu".

De nombreux barreaux ont voté la reconduction de la grève pour une semaine. Partout des audiences sont renvoyées ou perturbées: à Lyon, le très attendu procès pour agressions sexuelles de l'ex-prêtre Bernard Preynat a été suspendu jusqu'à mardi.

"C'est très lourd pour les avocats deux semaines de grève mais nous n'avons aucune réponse du gouvernement, on ne comprend pas cette réforme, alors que nous ne coûtons rien au contraire", a affirmé le bâtonnier de Clermont-Ferrand, Philippe Gatignol.

A Créteil, quelque 25 avocats du barreau ont participé à une collecte de sang, l'ex-bâtonnière Pascale Taelman expliquant: "quitte à se faire saigner, autant que ce soit utile".

A Saint-Etienne, les avocats ont jeté leur robe à terre, comme l'avaient fait leurs collègues de Caen devant la garde des Sceaux Nicole Belloubet la semaine dernière. A Belfort, ils se sont couchés sur les dalles du tribunal, terrassés par la réforme. 

A Grenoble, la poursuite du mouvement a été votée à la quasi-unanimité: "C'est une grève dure des audiences, des désignations d'office et de la défense d'urgence", a déclaré à l'AFP Evelyne Tauleigne, bâtonnier du barreau de Grenoble qui compte près de 600 avocats.

Dans l'après-midi, les avocats ont observé dans plusieurs juridictions une "grève du zèle": à Rennes, la bâtonnière Hélène Laudic-Baron a désigné plusieurs avocats pour assister les prévenus en comparution immédiate, au risque de "créer des tensions" à l'audience.

Même stratégie à Paris, où les avocats ont longuement plaidé chaque point de procédure et obtenu la libération sans procès d'au moins sept prévenus qui avaient été présentés hors-délais devant le tribunal à l'issue de leur garde à vue, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Dès qu'on fait 100% notre métier et qu'on soulève toutes les nullités, la machine se grippe", a déclaré Me Guillaume Grèze en marge de cette audience. "Il n'y a pas de justice sans avocat", a-t-il souligné, relevant que le doublement des cotisations pour les petits cabinets revenait à "tuer économiquement notre métier".

Venu en personne à l'audience, le procureur de la République Rémy Heitz a jugé auprès de l'AFP "extrêmement grave" que "ce mouvement conduise à la remise en liberté de personnes susceptibles de réitérer des infractions".

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