Premier procès pour Alexandre Benalla, jugé pour les violences du 1er mai 2018

Premier procès pour Alexandre Benalla, jugé pour les violences du 1er mai 2018
Alexandre Benalla (casqué, à droite), le 1er mai 2018 à Paris.

publié le lundi 13 septembre 2021 à 07h00

Les images du collaborateur d'Emmanuel Macron molestant un couple en marge d'une manifestation avaient provoqué un séisme politique. L'ancien chargé de mission de l'Élysée est jugé à partir de lundi 13 septembre, au tribunal correctionnel de Paris. 




L'ancien salarié  du Palais est à l'origine d'une tentaculaire affaire qui a empoisonné la première partie du quinquennat d'Emmanuel Macron. Il sera jugé jusqu'au 1er octobre, à sept mois du premier tour de la présidentielle. Aujourd'hui âgé de 30 ans et reconverti dans le privé, il doit s'expliquer sur ses agissements en marge du cortège de la Fête du travail, mais aussi sur l'utilisation de passeports diplomatiques et de service. À ses côtés sur le banc des prévenus, son ami et ancien collègue Vincent Crase, 48 ans, ex-employé d'En Marche, ainsi que deux policiers. 

Affaire d'État 

Alexandre Benalla avait été identifié par le journal Le Monde, dans un article du 18 juillet 2018, sur une vidéo où il apparaissait coiffé d'un casque des forces de l'ordre, brutalisant une femme et un homme, place de la Contrescarpe à Paris, à l'issue d'une journée de manifestation émaillée de violences. Celui qui était, à 26 ans, au cœur du dispositif de sécurité entourant le président de la République, devait ce jour-là n'avoir qu'un rôle d'observateur. Sanctionné par une suspension de 15 jours, il disposait toujours d'un bureau à l'Élysée, révélait le quotidien.

Dès le lendemain, l'opposition dénonçait avec virulence une "affaire d'État", le Parlement était paralysé et une enquête judiciaire ouverte. Les mois suivants avaient été rythmés par une cascade de révélations et par les auditions, jusqu'au plus haut sommet de l'État, par des commissions d'enquêtes parlementaires.

Visé par six enquêtes 

Depuis, Alexandre Benalla a fait l'objet de six enquêtes judiciaires, dont une a été classée sans suite. Il fera face à un tribunal pour la première fois, pour "violences volontaires en réunion" et "immixtion sans titre dans l'exercice d'une fonction publique". Il lui est reproché, comme à Vincent Crase, ses gestes sur la place du quartier latin mais aussi au Jardin des plantes, deux heures plus tôt, à l'encontre de trois manifestants. 

Alexandre Benalla a toujours nié tout "tabassage", affirmant avoir agi "par réflexe" et avoir eu une "réaction de citoyen" en "interpellant" des personnes "venant de commettre un délit". "Appréhender quelqu'un qui vient de commettre un délit n'est pas pénalement punissable", estime l'avocat de Vincent Crase, Christian Saint-Palais, qui fait valoir que son client a agi "spontanément" dans un "climat de grande confusion, de violence". 

Passeports diplomatiques et pistolet 

Alexandre Benalla devra par ailleurs répondre de l'utilisation de deux passeports diplomatiques après son limogeage de l'Élysée, lors de voyages en Afrique et en Israël. Il est aussi soupçonné d'avoir obtenu un passeport de service en produisant un faux - ce qu'il conteste. Il comparaîtra en outre pour "port d'arme" non autorisé, sur la base d'une photo de 2017 révélée par Mediapart, où il apparaît dans un restaurant de Poitiers avec ce qui semble être un Glock - alors qu'il ne pouvait à l'époque pas porter une arme en-dehors des locaux d'En Marche. L'intéressé explique qu'il s'agissait d'un "pistolet à eau"




Deux fonctionnaires de préfecture de police de Paris doivent également être jugés pour avoir transmis, juste après la révélation de l'affaire, des images de vidéosurveillance à Alexandre Benalla. Leur défense soutient qu'ils n'ont pas commis d'infraction. 

Le couple de la Contrescarpe présent

Le couple de la Contrescarpe, qui avait expliqué avoir été pris par hasard dans les heurts, a été condamné, en février 2019, à une amende de 500 euros pour avoir lancé des projectiles sur les forces de l'ordre. Un "acte irréfléchi" après une charge de CRS, ont-ils regretté à leur procès. Ils se "présenteront pour raconter comment les choses se sont passées pour eux et pour répondre aux questions", selon leur avocat Sahand Saber.

Deux syndicats policiers seront représentés. Les images du 1er-Mai "viennent, de manière totalement anormale, nourrir une acrimonie à l'égard de la police en tenue", selon Me Pascal Rouiller pour Unité SGP-FO. Les manifestants du Jardin des plantes, ainsi que l'ancien chef de cabinet de l'Élysée François-Xavier Lauch et l'auteur de la vidéo du 1er-Mai, le journaliste Taha Bouhafs, seront aussi parties civiles.

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