Premier foyer du Covid-19 en France, Crépy-en-Valois veut tourner la page

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Le 3 mars 2020, des élèves du Collège  Jean-de-la-Fontaine arrivent, masqués, dans l'établissement, à Crepy-en-Valois (Oise), pour se faire tester, après le décès d'un professeur âgé de 60 ans
Le 3 mars 2020, des élèves du Collège Jean-de-la-Fontaine arrivent, masqués, dans l'établissement, à Crepy-en-Valois (Oise), pour se faire tester, après le décès d'un professeur âgé de 60 ans
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© AFP, FRANCOIS NASCIMBENI

, publié le mercredi 20 janvier 2021 à 09h32

Ils ne veulent plus entendre le mot "cluster". Un an après avoir déploré le premier mort recensé du Covid-19 en France et inauguré les mesures de confinement, les habitants de Crépy-en Valois veulent tourner la page, entre ras-le-bol et résilience.

"On a été touchés de plein fouet avant même de comprendre qu'il s'agissait du Covid", résume Stéphanie Quéant, médecin généraliste dans cette commune située à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Paris.

Le décès, le 26 février 2020 à l'hôpital parisien où elle avait été transférée, de la première victime officiellement recensée, un habitant d'une commune voisine, prend la population de court. Cet homme de 60 ans enseignait la technologie au collège Jean-de-La-Fontaine.

A la "stupéfaction" succède, dès le 29 février, la restriction des déplacements et rassemblements par arrêté préfectoral, plus de deux semaines avant le confinement national.

"Depuis, l'histoire ne s'est jamais arrêtée", souffle Bruno Fortier, maire (sans étiquette) depuis 2014.

Pour le Dr Quéant, les premières semaines ont été "le moment le plus délicat", en raison notamment de la "désorganisation administrative". "Au départ, les tests ne pouvaient se faire qu'au CHU d'Amiens, à 1H30 de route (...) Le temps que les autorités réadaptent l'organisation, on était submergés de patients".

Entre février et mai, 60% des résidents des deux Ehpad et de l'hôpital sont contaminés. Sollicitées par l'AFP, ni l'Agence régionale de santé, ni la municipalité n'ont communiqué de bilan des contaminations et décès. "En tout cas, on en a eu beaucoup trop", tranche M. Fortier.

- "impression d'être des Pestiférés" -

Crépy-en-Valois sert aussi de laboratoire pour une étude de l'Institut Pasteur qui démontre fin avril la faible contagiosité des enfants.

Aucune recherche n'a par contre permis de remonter la piste du "patient zéro" - le professeur décédé ne revenant pas d'une zone à risque - même si, selon le maire, "des doutes subsistent" sur un équipage de l'armée de l'air revenu sur la base proche de Creil après avoir rapatrié des Français bloqués à Wuhan, foyer chinois du coronavirus.

"Des marins intervenant au lycée voisin du collège ont dormi à la base de Creil. Il y a donc forcément une relation", mais "refaire l'histoire" ne "servirait à rien", juge l'élu. "Il faut regarder devant et tout faire pour s'en sortir".

Car en un an, les 15.000 habitants ont été marqués par cette crise et sa médiatisation qui a attisé les peurs et renforcé l'isolement.

"Les employeurs parisiens appelaient les habitants en leur demandant de ne pas venir travailler. Les gens ont ressenti cette impression d'être des pestiférés très durement", souffle M. Fortier.

Les responsables municipaux et sanitaires ont multiplié les initiatives pour contrer la morosité, avec notamment l'ouverture d'une cellule d'écoute pour les personnes isolées.

L'hôpital a aussi "innové" en organisant "le passage de psychologues dans les chambres, des rencontres par visio-conférence avec les familles", explique sa directrice Marie-Cécile Darmois.

Selon elle, il n'y a plus aujourd'hui de spécificité à Crépy-en-Valois, où la situation est "similaire" à la moyenne nationale, avec un "risque maîtrisé".

- Population "vigilante" - 

Parmi les commerçants, beaucoup évitent les médias, inquiets de voir le Covid associé à l'image de leur ville. Il y a "une lassitude" qui tend vers le "ras-le-bol", confirme le Dr Quéant.

"On a connu une grosse frayeur mais aujourd'hui ça se passe bien, tout le monde fait ce qu'il faut", assure Audrey Durand qui a ouvert une cave à vins dans le centre-ville à la rentrée, malgré le contexte incertain.

"Les gens sont très respectueux des règles sanitaires, ils demandent à chaque fois s'ils peuvent entrer, manipuler les bouteilles", constate-t-elle. Aujourd'hui, elle ne veut plus entendre parler du mot "cluster" (foyer épidémique, ndlr). "Ce n'est plus d'actualité! On a une population qui est vigilante".

Comme ailleurs, l'heure est désormais à la vaccination, dont la campagne a été lancée lundi. Et comme ailleurs, à la grogne sur son déploiement: le maire a fustigé des conditions "inadmissibles", s'alertant d'un possible manque de doses.

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