Pourquoi y a-t-il une pénurie de gynécologues en France ?

Pourquoi y a-t-il une pénurie de gynécologues en France ?
Un gynécologue pratique une échographie sur une femme enceinte (Photo d'illustration)

Orange avec AFP, publié le jeudi 28 décembre 2017 à 15h45

La France n'aurait plus assez de gynécologues pour assurer un suivi correct de la santé des femmes. En 2017, le pays comptait à peine 1.136 médecins pour 28 millions de femmes.

Ce nombre devrait encore diminuer dans les prochaines années.

Le nombre de gynécologues est en chute libre en France. Dans certains départements, il n'y en a plus aucun, révèle Le Monde dans une enquête, qui s'appuie sur l'annuaire de l'assurance maladie. Cette pénurie concerne une catégorie bien particulière de médecins : les gynécologues médicaux, qui assurent le suivi gynécologique des femmes en dehors des accouchements et des actes chirurgicaux, réservés pour leur part aux gynécologues obstétriciens.



AUCUNE RÉGION N'EST ÉPARGNÉE

Désert médical ou grande ville, aucune région de France ne semble épargnée par cette pénurie. Delon Le Monde, "obtenir un rendez-vous est une galère quasiment où que l'on soit en métropole". Par exemple, on compte 4,2 gynécologues médicaux pour 100.000 habitants dans la Creuse, 4,32 en Dordogne ou 4,37 dans l'Ain, contre 28,6 à Paris ou 67,4 à Neuilly-sur-Seine, la ville la mieux dotée de France. Dans certaines villes de banlieue parisienne, comme à Aulnay-sous-Bois ou Ivry-sur-Seine, on ne trouve déjà plus aucun gynécologue libéral.



Un tel constat s'expliquerait par la fermeture, en 1987, de la filière "gynécologie médicale" qui menait à l'obtention d'un Certificat d'études supérieures (CES). Mais la formation des obstétriciens, qui peuvent être des gynécologues "mixtes", continue. Or dans les faits, ceux qui ont la double compétence préfèrent se concentrer sur la chirurgie plutôt que le suivi des patientes. "Sinon, on n'aurait plus le temps d'opérer", justifient-ils au Parisien. "C'est une gestion catastrophique de la démographie médicale", estime Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. "Comme il faut 12 ans pour fabriquer un gynécologue-obstétricien, on va avoir pendant des années des conséquences négatives pour la santé des femmes", a-t-il réagi au micro de RTL, jeudi 28 décembre.

DES SAGES-FEMMES À LA RESCOUSSE

La situation ne devrait pas s'améliorer dans les années à venir. Avec la multiplication des départs en retraites des gynécologues médicaux, leur nombre pourrait chuter à 531 en 2025 pour la France entière. Du côté des obstétriciens, en revanche, pas de pénurie en vue : ils pourraient passer de 3.577 actuellement à 5.452 dans 18 ans. Pour continuer à soigner les femmes, les gynécologues médicaux doivent compter sur le travail des sages-femmes libérales ou des médecins généralistes. Chez ces derniers, nombreux sont ceux qui suivent des formations de suivi de gynécologie pour pouvoir pratiquer eux-mêmes des actes médicaux comme un frottis ou la pose d'un stérilet.



Cependant, certains spécialistes ne sont pas confiants face à la formation réduite que reçoivent les généralistes. "Ils arrivent sur le marché sans être suffisamment formés en gynécologie", estime Anne Gompel, professeure en gynécologie à l'université Paris-Descartes, interrogée par Le Monde. "Il va y avoir des années avec une rupture dans la qualité des soins. Les généralistes ont un rôle à jouer, mais une spécialité de quatre ans ne se remplace pas par une formation de trois mois en gynéco pour un généraliste, ou un peu plus avec un DU, ou de sage-femme avec un mois de formation." Face à cette pénurie, certaines femmes renoncent à se soigner et retardent la date de consultation d'un spécialiste. Une tendance que déplorent les médecins. "Je vois désormais des patientes qui arrivent avec des pathologies beaucoup plus avancées", explique Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof) au Parisien.

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