Pour son retour sur scène, Jacques Weber en vieil acteur dans un théâtre... vide

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Jacques Weber au "Théâtre de l'Atelier" le 14 septembre 2020 à Paris
Jacques Weber au "Théâtre de l'Atelier" le 14 septembre 2020 à Paris
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© AFP, JOEL SAGET

, publié le dimanche 20 septembre 2020 à 07h38

Il remonte sur scène pour jouer un vieil acteur confronté à un théâtre désert, au moment où les salles sont toujours à moitié vides. Mais pour Jacques Weber, la crise sanitaire est une occasion de repenser le théâtre.

"Le problème n'est pas le masque. Il faut arrêter de dire +c'est horrible+. La question est +qu'est ce qu'on fait?+. Il faut agir!", déclare à l'AFP le comédien de 71 ans à la longue carrière, dont l'un des rôles les plus marquants sur les planches fut Cyrano de Bergerac.

"Je sais que je suis privilégié et qu'il y a des gens dans ce métier beaucoup plus précaires que moi, je n'ai pas le droit de me plaindre. Mais j'ai le devoir comme d'autres de réfléchir à des façons de faire autrement le théâtre", ajoute-t-il.

Il joue à partir de mardi dans "Crise de nerfs: trois farces" d'Anton Tchekhov au Théâtre de l'Atelier à Paris, mis en scène par un spécialiste de l'écrivain russe, l'Allemand Peter Stein. La pièce, prévue au printemps, avait été reportée à cause du confinement.

Coïncidence, la première courte pièce, "Le chant du cygne", raconte l'histoire d'un vieil acteur se réveillant après un temps d'ivresse dans un théâtre vide, un texte où Tchekhov s'interroge sur le théâtre et sa fragilité.

"Le problème aujourd'hui n'est pas de savoir si on joue bien ou mal. C'est (plutôt de s'interroger sur) la place du théâtre dans le monde. Avec l'épidémie, il est grand temps qu'on se pose cette question, différente de celle de la carrière", affirme l'acteur. "On ne peut pas se satisfaire d'avoir seulement 1% de la population qui va au théâtre, on ne peut pas rester muet devant le fait que les gens préfèrent de plus en plus la retransmission à l'art du direct, au jeu".

- Paris-Beyrouth -

Pourquoi ne pas tenter des expériences hors les murs, "dans les espaces verts, les lieux patrimoniaux, les lieux atypiques", pour que le public n'aille pas toujours "dans les mêmes salles", suggère-t-il.

Jacques Weber cite par exemple une pièce jouée par Audrey Bonnet sur les quais de Seine, où les spectateurs portaient un casque pour écouter le dialogue de manière "intime", à laquelle il a assisté à la fin de l'été.

Avec la crise sanitaire, le théâtre et les arts ont été considérés "comme un luxe", constate-t-il. Mais il rappelle que si la scène ne change pas le monde, elle amène la réflexion. Et dans sa longue histoire, "le théâtre a toujours surmonté les épreuves", même si cette épidémie et ses incertitudes entament durement la situation financière de nombreux théâtres.

Signe de la fragilité de la reprise, le Théâtre de la Colline a annoncé vendredi la suspension des répétitions de la nouvelle création du dramaturge Pascal Rambert, "Mes frères", après qu'un membre de l'équipe artistique a été testé positif au Covid-19.

Outre sa rentrée théâtrale, Jacques Weber publie un ouvrage autobiographique intitulé "Paris-Beyrouth" qui relate son expérience lors du tournage d'un film en pleine guerre civile du Liban, dans les années 80. Il a alors 33 ans et va à Beyrouth pour un film, poussé par la réalisatrice Jocelyne Saab, après avoir été lâché par sa voix en jouant Cyrano.

"Je voulais sortir de cet enfer et paradis qu'était Cyrano...Je suis tombé sur une ville totalement détruite et totalement charmeuse, un pays si doux et si follement abîmé", dit-il. 

Un livre qui parait quelques semaines après l'explosion au 4 août au port de Beyrouth qui a fait près de 200 morts et des dégâts considérables. "Effroyable", murmure le comédien, qui avoue être "extrêmement gêné" par ce hasard de calendrier: la sortie --prévue de longue date-- d'un livre relatant "une histoire avant tout personnelle" et la situation tragique de tout un pays et de ses habitants.

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