Pour les survivants des Kouachi et de Coulibaly, souvenirs glaçants et "boule au ventre"

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Des policiers du GIGN prennent position sur un toit à Dammartin-en-goële où les frères Kouachi se sont retranchés dans une imprimerie en prenant en otage le patron, le 9 janvier 2015
Des policiers du GIGN prennent position sur un toit à Dammartin-en-goële où les frères Kouachi se sont retranchés dans une imprimerie en prenant en otage le patron, le 9 janvier 2015
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© AFP

, publié le lundi 31 août 2020 à 15h18

Otages d'Amédy Coulibaly et des frères Kouachi le 9 janvier 2015, Alain Couanon et Michel Catalano seront mercredi à l'ouverture du procès des attentats. Le premier par "curiosité", le second pour "tourner la page" de cinq ans de "boule au ventre" quotidienne.

L'un comme l'autre le précisent à l'AFP: "C'est la première fois que j'assiste à un procès". Ils y seront partie civile, cinq ans après cette journée où ils se sont "vu mourir plusieurs fois" face à ces assaillants surarmés et terrifiants de "calme" et de "détermination".

Ce jour-là vers 8h30, Saïd et Chérif Kouachi, en fuite après avoir semé la mort à Charlie Hebdo deux jours plus tôt, sonnent à l'imprimerie de Michel Catalano, 48 ans à l'époque, à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne).

Tout de suite, le chef d'entreprise comprend et envoie son seul employé présent avec lui, Lilian Lepère, 26 ans, se cacher dans un meuble à l'étage.

Le suite sera pour lui "une multitude de traumatismes". Devoir ouvrir aux fugitifs avec cette "impression de monter sur l'échafaud". Leur soutenir qu'il est seul "en sachant que s'ils trouvent mon collaborateur, on est morts tous les deux". Puis l'interminable attente jusqu'à voir Lilian sortir vivant. Et retrouver son entreprise "complètement détruite" après l'assaut du GIGN.

A une trentaine de kilomètres de là, porte de Vincennes à Paris, Alain Couanon, un ancien ambassadeur qui travaille dans le quartier, entre vers 13H00 dans l'Hyper Cacher "pour acheter du houmous". Juste avant Amédy Coulibaly, qui tuera quatre clients.

Otage pendant quatre heures, il vit aussi des "moments tragiques", comme l'agonie du 4e client devant lui: "On se dit que c'est ce qui nous attend tous". Ou l'assaut policier fatal à Coulibaly, où "ça a pété dans tous les sens, et je me suis dit +ça y est, je vais mourir+".

Mais il ne mettra que quelques jours à revenir travailler dans le quartier. "L'évènement m'a profondément marqué mais pas traumatisé", dit-il aujourd'hui en glissant qu'à 73 ans, il "en a connu d'autres" dans sa longue carrière de diplomate, comme se faire "tirer dessus à la kalachnikov au Pakistan", ou "plaquer au sol avec un flingue sur la tempe" en Afrique du Sud.

Du procès, il n'attend pas grand chose, et ira plus "par curiosité". "Ce n'est pas le procès de l'assassin, mais de ses complices présumés, c'est pas la même chose que si c'était quelqu'un que j'avais vu".

- "Pas besoin de parler" -

Après l'attaque, Michel Catalano prend lui de plein fouet le stress post traumatique: "J'avais du mal à m'exprimer, je pleurais, je bégayais, la nuit je ne dormais pas, j'avais des flashes qui revenaient sans cesse. Je ne savais plus ce qui était réel, et ce qui ne l'était plus".

Cinq ans après, il a encore "la boule au ventre" chaque matin quand il ouvre le portail de son imprimerie, qu'il a relancée en 2016, après avoir un temps envisagé de changer de vie.

Michel Catalano fait toujours du hockey sur gazon, "pour le plaisir", et "beaucoup moins de parachutisme ou de saut à l'élastique". Au restaurant, il se met toujours "face à la porte" et reste "sur le qui vive".

Il dit avoir tenu grâce à sa famille, ses amis, à l'AFVT (Association française des victimes du terrorisme), et à ces "milliers de lettres de soutien reçues du monde entier".

Il revoit régulièrement son ancien employé Lilian Lepère. "On n'a pas besoin de se parler beaucoup. Je serai heureux toute ma vie qu'il en soit sorti".

Le procès s'annonce pour lui "éprouvant", car "ça remue des choses". Mais il le juge "important", notamment "pour entendre les victimes et comprendre".

Il espère ainsi "tourner une nouvelle page", lui qui se dit aujourd'hui "sur la voie de l'apaisement" après avoir "apprivoisé (ses) cauchemars" et "accepté de n'être plus la même personne".

Depuis 2015, il est devenu grand-père, s'émerveille d'un "soleil qui brille" et "du sourire de (sa) femme et des enfants". Il a aussi perdu ses parents: "Quelques semaines avant de partir, mon père m'a dit: +le plus beau cadeau que tu m'aies fait, c'est de ne pas mourir avant moi+. Ça aussi, ça fait beaucoup relativiser les choses, et mesurer ma chance".

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