"PoliCité", quand des jeunes de quartier tentent le dialogue avec la police

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Naim, Ilyas, Abdallah, Souheil, Abdelhakim et  Walid assistent à une conférence de "PoliCité"à Vaulx-en-Velin, le 15 décembre 2018
Naim, Ilyas, Abdallah, Souheil, Abdelhakim et Walid assistent à une conférence de "PoliCité"à Vaulx-en-Velin, le 15 décembre 2018
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© AFP, ROMAIN LAFABREGUE

AFP, publié le dimanche 16 décembre 2018 à 11h40

Réconcilier police et population dans les quartiers populaires ? La défiance est réciproque mais à Vaulx-en-Velin, des jeunes y travaillent depuis qu'ils ont vu, à Londres et Montréal, des pratiques aux antipodes de leur quotidien.

Dans cette banlieue lyonnaise, une quinzaine de filles et garçons du centre social Georges-Lévy, âgés de 16 à 21 ans, mènent depuis deux ans le projet de recherche-action "PoliCité", nourri d'enquêtes sociologiques et de voyages d'étude, en partenariat avec l'École nationale des Travaux publics de l'État.

Ce week-end dans l'école d'ingénieurs, ils organisent deux jours d'échanges entre forces de l'ordre, acteurs de terrain et experts, sans oublier les habitants. Un premier aboutissement avant la parution, en janvier, d'une bande-dessinée sur leur aventure.

Les apprentis-chercheurs ont d'abord enquêté sur les discriminations ressenties autour d'eux. "Dans nos entretiens, le sujet de la police revenait souvent", explique Abdelhakim Margoum, 19 ans. A commencer par les contrôles d'identité, souvent conflictuels. Pour y remédier, une "carte des droits", indiquant ce qu'un policier peut faire et ne pas faire, a été établie avec l'aide d'un général de gendarmerie, Thierry Cailloz.

L'outil miracle ? Dans la rue, son utilisation n'a fait qu'envenimer les choses. Pour sortir de la confrontation permanente, l'approche n'était pas la bonne. "Ce qu'on aurait dû faire, c'est une carte des bonnes manières. Parce que tout se joue là-dessus, sur la façon dont chacun s'adresse à l'autre", analyse Anaïk Purenne, sociologue qui accompagne le projet. "Ils ont compris qu'il fallait initier du respect de part et d'autre", abonde M. Cailloz.

Une deuxième enquête, menée auprès des 15-35 ans à Vaulx-en-Velin, a révélé l'importance du dialogue. "Pour beaucoup, si la police explique ce qu'elle fait, pourquoi elle contrôle ou fouille les poches, ils la laisseront faire. Sinon, ils se braquent", témoigne Naïm Naili, 21 ans. Et la situation peut vite dégénérer là où des policiers voient leur nom tagué au bas des immeubles, accompagné d'insultes ou de menaces.

- Débat à huis clos -

L'équipe de "PoliCité" - soutenue par le Commissariat général à l'égalité des territoires, la Fondation de France, Open Society et la Fondation Vinci pour la Cité - a donc travaillé avec le commissariat local. Il a fallu du temps pour créer une relation de confiance mais les choses avancent.

Récemment, un débat a pu être organisé à huis clos entre quatre policiers et quatre jeunes. Signe que les mentalités évoluent, apprécie Samia Bencherifa, responsable du projet au centre social, "alors qu'on est parti d'une ligne dure sur la police, rendue coupable de tout".

Pour l'ancien braqueur Yazid Kherfi, figure reconnue de la prévention qui a animé ce premier débat, "la force du projet, c'est d'être allé voir ailleurs", dans des pays où la police "ne travaille pas seule dans son coin mais avec les acteurs du quartier".

Ilyas Chaabi, 19 ans, a participé à une patrouille cet été à Montréal: "on est rentré dans un grand parc et plein de gamins sont venus poser des questions, faire des blagues, même leurs parents. Ici, c'est impossible". "Là-bas, personne ne les insulte, ne les caillasse. Mais les citoyens sont au cœur de toutes les questions de sécurité, on les écoute", souligne Naïm Naili. Les jeunes Vaudais sont revenus du Québec avec une gourde siglée de la police.

A Londres, l'intervention d'acteurs civils aux côtés de la police les a également impressionnés. "C'est l'idée que chacun est partie prenante dans la résolution des problèmes", commente Anaïk Purenne.

Une réflexion qui fait son chemin à Vaulx - après des violences au printemps dans la ville, des jeunes, dont certains y pratiquaient "l'intifada" il n'y a pas si longtemps, ont aidé à ce que la soirée du 13 juillet dernier soit plus calme que d'habitude - comme au ministère de l'Intérieur, estime la sociologue.

Place Beauvau, la démarche de PoliCité est jugée "extrêmement intéressante", dans l'esprit de la nouvelle police de sécurité du quotidien (PSQ) qui mise sur les initiatives locales "en partant du principe que les meilleures idées viennent d'en bas". Comme distribuer la BD du projet dans les écoles de police ? A Paris, on attend de la lire "avec impatience".

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