Policiers brûlés à Viry-Châtillon: un verdict marqué par le doute

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Manifestation de policiers devant le tribunal de Lyon le 20 avril 2021
Manifestation de policiers devant le tribunal de Lyon le 20 avril 2021
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© AFP, JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

publié le mardi 20 avril 2021 à 18h26

Qualifié de "naufrage judiciaire" par les avocats des victimes, le verdict en appel du procès des jeunes accusés d'avoir attaqué et brûlé des policiers à Viry-Châtillon (Essonne) en 2016 a été motivé par "l'absence de preuves suffisantes" pour huit des treize accusés.

Après 14 heures de délibération, cinq d'entre eux ont été reconnus dimanche coupables de tentative de meurtre et condamnés à des peines allant de 6 à 18 ans de prison. Les autres ont été acquittés. 

La feuille de motivation, consultée par l'AFP, donne un éclairage sur les décisions du jury et des juges dans ce procès qui s'est tenu à huis clos pendant six semaines, alors que leur verdict, très contesté par les syndicats policiers et une partie de la classe politique, a donné lieu à un appel à manifester devant les tribunaux ce mardi.

"Alors que l'on sait qu'il y avait 16 assaillants, on se retrouve avec cinq condamnations", a dénoncé Me Thibault de Montbrial, avocat d'une des policières agressées.

Le 8 octobre 2016, 16 personnes avaient attaqué, pour certaines avec des cocktails Molotov, deux voitures de police stationnées près du quartier de la Grande Borne, une cité très sensible de l'Essonne.

Les assaillants étant masqués, il était impossible de les reconnaitre et l'enquête a reposé sur beaucoup de témoignages, dont certains se contredisaient, et le bornage téléphonique. 

La défense dénonce de "graves irrégularités" commises pendant l'enquête, comme des faux en écriture ou des violences policières en garde à vue.

Trois personnes reconnues coupables en première instance ont été acquittées en appel. Une victime a expliqué aux jurés avoir reconnu le regard de l'un d'eux, alors qu'il lui jetait un pavé.

Mais alors que cet homme avait été initialement condamné à 18 ans de réclusion, la cour a estimé que "cette reconnaissance, quoique sincère, ne peut être considérée comme suffisamment fiable pour être probante, au regard du temps passé et de la rapidité du face-à-face".

Il a accueilli son acquittement en levant les poings et criant "enfin, enfin!" alors qu'une bagarre générale éclatait autour de lui dans le box.

Un autre jeune d'abord condamné à 12 ans de prison a lui aussi bénéficié du "doute", explique la cour. L'homme, maghrébin, a été décrit par un autre accusé comme ayant jeté la première pierre sur les policiers. Or, selon une victime, le premier assaillant avait "la peau noire".

Un autre membre de la bande, qui avait écopé d'une peine de 10 ans, a été acquitté, les jurés estimant qu'il n'existait "aucun témoignage direct de sa participation".

- "Dégoûté" - 

La cour a reconnu "la volonté claire des assaillants de provoquer la mort des victimes", "œuvre d'un groupe organisé, préparé et équipé".

Trois hommes ont été condamnés à 18 ans de réclusion, les peines les plus lourdes prononcées. L'un d'eux a réagi à la nouvelle en insultant copieusement la présidente de la cour d'assises.

Selon la feuille de motivation, il a reconnu "avoir demandé (à un témoin) d'aller acheter de l'essence très peu de temps avant les faits" et avoir passé à tabac un autre accusé, qui a fourni des informations aux policiers. Un sac à dos portant l'inscription "poulet rôti prêt" avait été retrouvé chez lui. 

Un autre condamné à 18 ans a reconnu pendant l'instruction avoir jeté des pierres. Selon plusieurs témoignages, il présentait des signes de brûlures dues à un cocktail Molotov après l'agression.

Le dernier des condamnés à 18 ans, mineur au moment des faits, a été décrit comme le meneur de cette bande avec "un rôle prépondérant dans la commission des faits". 

Le jeune ayant écopé d'une peine de 6 ans de prison a "reconnu sa participation", mais "sans que son rôle concret ne puisse être établi".  

Pour le dernier des protagonistes à dormir en prison, la condamnation à 8 ans derrière les barreaux est notamment justifiée par les "éléments d'informations utiles" qu'il a fournis. 

Plus de deux mois après les faits, il avait été passé à tabac par d'autres accusés, en raison des confidences faites à une amie. Il avait expliqué avoir ressenti "un pincement au cœur", quand une des victimes, une gardienne de la paix de 39 ans, en feu et touchée par des pierres, avait supplié: "J'ai des enfants, aidez-moi".

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