Policier tué à Avignon : "tous les moyens mis en oeuvre" pour retrouver le tireur

Policier tué à Avignon : "tous les moyens mis en oeuvre" pour retrouver le tireur
Des policiers sur le lieu du crime à Avignon, le 5 mai 2021.

publié le jeudi 06 mai 2021 à 19h30

"Plusieurs dizaines de policiers spécialisés" sont mobilisés. L'ensemble des syndicats de police ont par ailleurs appelé à une "marche citoyenne"  le 19 mai à Paris pour rendre hommage à leur collègue tué.

"Le meurtrier du brigadier Eric Masson (tué par balle mercredi lors d'un contrôle antidrogue, ndlr) n'a pas encore été interpellé mais ne doutez pas un seul instant que tous les moyens sont mis en oeuvre à cette fin, nous le devons à sa famille et à tous les policiers et gendarmes qui luttent quotidiennement contre les trafics de stupéfiants", a assuré jeudi 6 mai en fin d'après-midi le procureur de la République d'Avignon Philippe Guémas lors d'un point presse, officialisant à cette occasion le nom de ce policier. "Plusieurs dizaines de policiers spécialisés" ont été mobilisés, a précisé Jean-Philippe Fougereau, commissaire général et directeur de la police judiciaire de Montpellier. 



Mercredi vers 18h30, après une intervention à Carpentras, le policier décédé et ses collègues ont été envoyés par leur centre de commandement dans le centre historique d'Avignon pour des troubles signalés rue des Teinturiers.

Arrivés sur les lieux, ils constatent que la rue est calme. Ils décident alors de surveiller un lieu connu de deal qui se trouve à proximité et se répartissent en deux équipes. En civil, "Eric Masson et un collègue assistent à une scène qui semble être un échange de stupéfiants (...) Tous deux suivent l'acheteuse (...) laquelle reconnaît avoir acheté de la résine de cannabis", a expliqué Philippe Gémas.

A ce moment-là, "deux individus se sont avancés en direction des deux policiers et l'un d'entre eux, qui portait une sacoche en bandoulière, leur a demandé ce qu'ils faisaient là. Le brigadier Eric M. s'est avancé dans sa direction tandis que son collègue restait en retrait, avec la cliente qui venait d'être contrôlée. Eric Masson a alors décliné sa qualité de policier mais l'individu à la sacoche s'est emparé d'une arme de poing et a fait feu à deux reprises, l'atteignant au thorax et à l'abdomen", a poursuivi le magistrat. "Le collègue d'Eric Masson a répliqué, mais les deux individus sont parvenus à s'enfuir", a-t-il ajouté. Malgré l'intervention des secours, le brigadier est décédé sur place quelques minutes plus tard. Il avait 36 ans et était père de deux enfants. 

Le procureur d'Avignon a indiqué que les deux policiers avaient leur brassard à la main et que la qualification de "meurtre" avait été retenue. "Quand on tire deux coups de feu au thorax et à l'abdomen d'une personne, qu'elle soit policière ou pas, on peut difficilement soutenir qu'on n'a pas l'intention de tuer, donc c'est la qualification de meurtre qui est retenue", a-t-il souligné.

Côté enquête, l'acheteuse de cannabis, une jeune femme, a été interpellée et placée en garde à vue. "Son audition est toujours en cours" car "elle est un témoin important de la scène de meurtre" et pourrait permettre de recueillir des éléments afin de retrouver la trace du tireur, a indiqué le magistrat.

"Les policiers, on les aime, et pas seulement en le disant, mais aussi concrètement", a déclaré jeudi après-midi le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui s'était rendu à Avignon dès la nuit de mercredi à jeudi. En déplacement à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) jeudi, il a ajouté qu'il irait "évidemment présider aux obsèques de ce policier". "La lutte contre les trafics de stupéfiants, partout sur le territoire national, s'apparente à une guerre. Cette guerre, nous la menons grâce à des soldats, (...) les policiers et les gendarmes de France. Aujourd'hui, un de ces soldats est mort en héros", avait déclaré mercredi soir le ministre au commissariat d'Avignon, au sujet d'Eric Masson, fils de policier et dont le frère et la soeur ont embrassé la même profession.



Le Vaucluse, un des dix départements les plus pauvres de France, a connu une hausse du trafic de drogue ces dernières années. "Dans le département, depuis le 1er janvier, c'est 83 interpellations pour trafic de stups, c'est plus de 60 opérations contre les points de deal", a indiqué Gérald Darmanin à Avignon.

Ce meurtre d'un représentant des forces de l'ordre près d'un lieu de trafic de drogue intervient alors que l'exécutif a érigé en priorité la lutte contre les trafics et que l'insécurité s'annonce comme un thème majeur de la campagne présidentielle. Il a suscité de vives réactions politiques. "Assassiner un policier ne fait plus peur aux criminels", a dénoncé jeudi la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, et "avec Monsieur Macron il n'y a plus un seul endroit en France où on est en sécurité", a-t-elle accusé dans le fief familial de la Trinité-sur-Mer (Morbihan). Dès mercredi soir, le président ex-LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, candidat à l'Elysée, avait réclamé que le "criminel (soit) puni avec la plus grande sévérité".

Ce drame, qui intervient une dizaine de jours après l'assassinat d'une fonctionnaire de police dans une attaque "islamiste" selon le parquet national antiterroriste, dans le commissariat de Rambouillet, a également suscité de vives réactions des syndicats de policiers. L'ensemble des syndicats de police ont appelé jeudi à une "marche citoyenne"  le 19 mai à Paris, après un hommage dimanche à Avignon à leur collègue tué et décidé de suspendre leur participation le 17 mai au "Beauvau de la sécurité".

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, 18 policiers et gendarmes avaient perdu la vie en service en 2020, dont 11 en mission.
 

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