PMA : la Manif pour tous remobilise ses troupes, sept ans après le mariage gay

PMA : la Manif pour tous remobilise ses troupes, sept ans après le mariage gay
Un rassemblement de la Manif pour tous le 16 octobre 2016 à Paris.

, publié le vendredi 04 octobre 2019 à 10h35

Jusqu'à 340.000 personnes -1,4 million selon les organisateurs-, avaient manifesté contre le mariage pour les personnes de même sexe, en 2012-2013.

Le spectre des mobilisations massives contre le mariage pour tous plane sur les opposants à la PMA. Avec leur marche prévue dimanche, ils espèrent faire aussi bien que pendant les manifestations de 2012-2013.

Mais le contexte est moins favorable, estiment vendredi 4 octobre les observateurs.

À la manœuvre, il y a toujours la Manif pour tous, ainsi qu'une vingtaine d'autres associations. Elles appellent à se rassembler dimanche à partir de 13h près du Sénat. Pour mobiliser les troupes, plus de trois millions de tracts ont été distribués, des milliers d'affiches placardées, plus d'une centaine de cars complets et deux TGV affrétés.




"Liberté, égalité, paternité", "Tous nés d'un père et d'une mère voilà l'égalité", "privés de papa, de quel droit ?": les slogans préparés sur les banderoles combattront la "PMA sans père", le mot d'ordre martelé de longue date par les opposants à une extension de la procréation médicalement assistée aux lesbiennes et aux femmes célibataires. "Le sujet, c'est l'absence volontaire de père, le détournement de la médecine, la marchandisation de l'humain et, bien sûr, de la démocratie", énumère Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous.

"On n'a pas été écouté, ni lors des États généraux de la bioéthique, ni par les députés lors des auditions en commission. Macron et son gouvernement n'ont rien voulu entendre, il ne nous reste plus que la rue", résume Valérie, mère de famille catholique de 61 ans, qui viendra en bus depuis les Pays-de-la-Loire.

Alors que la contestation contre le mariage pour tous avait drainé jusqu'à 340.000 personnes dans les rues selon la police - jusqu'à 1,4 million selon les organisateurs -, Ludovine de la Rochère, prudente, ne fixe pas d'objectif cette fois-ci. "Le déroulement et l'ambiance de la manifestation sont aussi importants que son ampleur", argue-t-elle.

"Ce ne sera pas ridicule. Ce sera sans doute comparable aux chiffres de la première manifestation de 2012, autour de 100.000 personnes", pronostique Pascale Morinière, présidente des Associations familiales catholiques (AFC), autre poids lourd de la mobilisation.

"Il est difficile d'anticiper ce qui va se passer dimanche, mais l'opinion est beaucoup moins crispée sur la PMA que sur le mariage", analyse Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. Selon le dernier sondage de l'institut, publié en septembre, une très large majorité de Français soutient l'ouverture de la PMA aux femmes seules (68%) et aux lesbiennes (65%), un "niveau record". Le mobilisation risque de pâtir également d'un déficit d'"incarnation" selon M. Dabi. 

L'ancienne porte-parole médiatique de la Manif pour tous Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot, n'a pas été conviée au cortège, puisqu'elle défend un modèle de coparentalité, alliant PMA et conservation du lien avec le père biologique, que rejettent les autres organisations. "Si vous divisez par deux le podium, vous divisez la rue par 10", prédit la déléguée générale de l'Avenir pour tous.

Côté politique, hormis l'ex-députée d'extrême droite Marion Maréchal, les quelques élus LR (François-Xavier Bellamy, Guillaume Larrivé, Xavier Breton, Julien Aubert) ou du Rassemblement national (Nicolas Bay, Gilbert Collard, Emmanuel Ménard) qui ont annoncé leur présence n'ont pas le poids politique qu'avaient Laurent Wauquiez ou François Fillon il y a sept ans.

L'ex-ministre Christine Boutin, retirée de la vie politique depuis 2017, "ne sait pas encore" si elle défilera. "Il y aura du monde mais pas la foule comme lors du mariage pour tous", déclarait-elle au Point en août.

Chez les catholiques, dont une partie avait nourri les rangs des opposants à la loi Taubira, l'heure est à la "résignation", selon Philippe Portier, sociologue des religions et de la laïcité. "Depuis 40 ans et les lois Neuwirth puis Veil (autorisant la pilule contraceptive et l'IVG, ndlr), l'Église a enregistré une succession de défaites. Elle a connu son chant du cygne en 2013", souligne le chercheur au CNRS.   

D'autres jugent "contre-productive" la manifestation et craignent que leur parole soit "discréditée au nom de leur ancrage religieux", selon le sociologue Yann Raison du Cleuziou. Pour ces croyants, "manifester est une mise à l'épreuve pour eux car c'est leur foi qui est attaquée".

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