Au moins 31 migrants sont morts dans le naufrage de leur embarcation au large de Calais, quatre passeurs suspects arrêtés

Au moins 31 migrants sont morts dans le naufrage de leur embarcation au large de Calais, quatre passeurs suspects arrêtés
Des migrants s'apprêtent à traverser la Manche, à partir de la plage de Gravelines, près de Dunkerque.

publié le mercredi 24 novembre 2021 à 20h25

"La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière", a affirmé Emmanuel Macron.

Nouveau drame dans la Manche. Mercredi 24 novembre, le naufrage, au large de Calais, d'une embarcation qui transportait des migrants tentant de gagner la Grande-Bretagne a fait au moins 31 morts, selon un bilan encore provisoire. Selon une source proche du dossier, une cinquantaine de personnes se trouvaient à bord du "long boat", un bateau gonflable fragile dont le fond souple a tendance a se replier quand il prend l'eau et est surchargé, qui était parti de Dunkerque. 

Parmi les migrants décédés figurent cinq femmes et une petite fille, a précisé le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui s'est rendu à Calais dans la soirée, qui a également évoqué, "au conditionnel", une autre personne disparue, en plus des 31 morts.

Deux migrants ont survécu.

"Vers 14 heures, un pêcheur a signalé la découverte d'une quinzaine de corps flottant au large de Calais. Un bâtiment de la Marine nationale a repêché plusieurs corps, dont cinq personnes décédées et cinq inconscientes, selon un bilan provisoire", avait dans un premier temps indiqué le ministère de l'Intérieur. Les opérations de sauvetages, qui mobilisaient trois hélicoptères et trois bateaux, ont été interrompues en début de soirée. Le parquet de Dunkerque a annoncé l'ouverture d'une enquête pour "aide à l'entrée au séjour irrégulier en bande organisée" et "homicide involontaire aggravé". 

Le ministre de l'Intérieur a en outre annoncé que quatre passeurs suspectés d'être "directement en lien" avec le naufrage ont été arrêtés. "Je veux ici dire que les premiers responsables de cette ignoble situation sont les passeurs", a ajouté le ministre. Il a également appelé à une "réponse internationale coordonnée très dure" devant ce drame "qui nous touche tous". 



Le Premier ministre Jean Castex a déploré une "tragédie". "Mes pensées vont aux nombreux disparus et blessés, victimes de passeurs criminels qui exploitent leur détresse et leur misère", a réagi sur Twitter le chef du gouvernement. "Forte émotion devant le drame des nombreux morts dû au chavirage d'un bateau de migrants dans la Manche. On ne dira jamais assez le caractère criminel des passeurs qui organisent ces traversées", a déclaré de son côté Gérald Darmanin.

"La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière", a affirmé de son côté Emmanuel Macron jeudi soir, en demandant le "renforcement immédiat des moyens de l'agence Frontex aux frontières extérieures de l'UE", selon l'Élysée. Le chef d'État a également réclamé "une réunion d'urgence des ministres européens concernés par le défi migratoire" et assure que "tout sera mis en œuvre pour retrouver et condamner les responsables" de ce drame. Une réunion gouvernementale va d'ailleurs avoir lieu jeudi avec Jean Castex et huit ministres. De l'autre côté de la Manche, le Premier ministre britannique Boris Johnson a également convoqué une réunion de crise mercredi soir et annoncé à son issue vouloir "faire plus" avec la France pour décourager les traversées illégales de la Manche.



Ce drame est le plus meurtrier depuis l'envolée en 2018 des traversées migratoires de la Manche, face au verrouillage croissant du port de Calais et d'Eurotunnel emprunté jusque-là par les migrants tentant de rallier l'Angleterre. Avant ce naufrage, le bilan des décès depuis le début de l'année s'élevait à trois morts et quatre disparus. En 2020, six personnes avaient trouvé la mort et trois autres avaient été portées disparues. Quatre décès avaient été recensés en 2019.

Les tentatives de traversées migratoires de la Manche à bord de petites embarcations ont doublé ces trois derniers mois, déplorait la semaine dernière le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux, dans un entretien avec l'AFP. D'après ses chiffres, au 20 novembre, 31.500 migrants avaient ainsi quitté les côtes françaises depuis le début de l'année et 7.800 migrants avaient été sauvés. Selon Londres, 22.000 migrants ont réussi la traversée sur les dix premiers mois de l'année.

D'après Philippe Dutrieux, les traversées n'ont pas baissé malgré les températures hivernales, un phénomène qui s'explique notamment selon lui par "le cynisme des organisations qui sont derrière ces passages, qui jettent à l'eau des migrants parce que c'est une entreprise qui rapporte bien".

Alors que Londres et Paris ont convenu de renforcer leur coopération pour tenter de tarir ces départs après une montée de tension dans le sillage de l'arrivée le 11 novembre de 1.185 migrants sur les côtes anglaises, un record.  

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