Pierre Simonet, en piper sous la tour Eiffel

Pierre Simonet, en piper sous la tour Eiffel
Pierre Simonet le 19 juin 2012 à Paris

, publié le vendredi 06 novembre 2020 à 10h32

Pierre Simonet, compagnon de la Libération mort jeudi à l'âge de 99 ans, est étudiant en mathématiques à Bordeaux quand, le 17 juin 1940, il entend à la radio l'annonce de la défaite française. L'appel du général de Gaulle, le lendemain, le convainc de le rejoindre.

Le 24 juin, il embarque sur le dernier cargo qui, en rade de Saint-Jean-de-Luz, rapatrie les troupes polonaises et les résidents britanniques vers l'Angleterre.

Arrivé à Liverpool, il s'engage dans les Forces françaises libres (FFL). Il voudrait choisir l'aviation, mais il n'a que 18 ans et cette arme ne recrute que des volontaires ayant déjà le brevet de pilote. Il est donc affecté, en raison de ses études de mathématiques, dans l'artillerie FFL en cours de création.

Il est envoyé en Afrique et stationne avec son unité au Cameroun jusqu'en janvier 1941. Il part pour Damas où est formé le 1er régiment d'artillerie des FFL. Nommé brigadier, il est chargé de l'observation et des transmissions. 

Il prend part aux batailles de Bir-Hakeim, d'El Alamein et de Takrouna puis prend part, à partir d'avril 1944, à la campagne d'Italie. Il réalise son rêve de devenir aviateur: nommé "observateur sur avion léger", il prend place à bord de petits piperclub et survole les lignes ennemies pour collecter des renseignements. 

- En rase-mottes à Paris -

Il signale les emplacements des pièces d'artillerie et des chars allemands : "Pendant la campagne d'Alsace, du 7 janvier au 2 février 1945, il rend les services les plus précieux, faisant démolir plusieurs chars et repérant deux batteries", écrit l'Ordre de la libération dans sa biographie officielle.

"Dans les campagnes d'Italie et de France, le sous-lieutenant Simonet a effectué au total 137 missions de guerre en 250 heures de vol, et s'est vu décerner quatre citations", précise l'Ordre.

Le 8 mai 1945, jour de la Victoire, les petits avions se posent sur le terrain d'Issy-les-Moulineaux. "Pour nous, les rebelles de la première heure, il fallait faire quelque chose qui sorte de l'ordinaire", raconte Pierre Simonet dans une interview en 2015. "Je suggère : et si on passait sous la tour Eiffel ?"

"Le plan de vol est organisé: prendre en rase-mottes l'esplanade du Trocadéro, le pont d'Iéna, passer sous l'immense voûte de fer, survoler le champ de Mars et redresser sur l'école militaire. Il y a de la place à revendre", raconte-t-il. 

"Il y a peu de monde; un soldat américain tout étonné nous photographie en vol (...) Il fallait plus de culot que d'adresse, nous n'avions demandé la permission à aucune autorité". 

Démobilisé, Pierre Simonet, né à Hanoï où son père était ingénieur des travaux publics, entre en 1946 à l'École nationale d'outre-mer, qui forme les administrateurs des possessions coloniales françaises. Il est affecté en Indochine, puis suit les cours de l'institut de statistique de Paris avant de partir au Cameroun, où il termine sa carrière comme administrateur de la région du Ntem. 

En 1958, il entre dans la fonction publique internationale : il est envoyé par l'organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) dans le bassin du Mékong. Il entre ensuite à l'ONU, qui l'envoie en 1959 et 1960 en Iran comme conseiller en statistiques économiques. 

Il entre ensuite à l'OCDE puis, en 1964, au Fonds monétaire international qui l'envoie en Haïti, au Salvador, aux Comores et au Lesotho avant de prendre sa retraite en 1985. 

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