Pierre Camou, une vie de rugby

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Pierre Camou, président de la Fédération française de rugby entre 2008 et 2016, lors d'une conférence de presse à Levallois-Perret, le 19 janvier 2016
Pierre Camou, président de la Fédération française de rugby entre 2008 et 2016, lors d'une conférence de presse à Levallois-Perret, le 19 janvier 2016
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© AFP, DOMINIQUE FAGET

AFP, publié le mercredi 15 août 2018 à 16h41

Pierre Camou, décédé mercredi à l'orée de ses 73 ans, est l'archétype du dirigeant à la carrière ascensionnelle, du terrain, comme joueur et patron de club, jusqu'à la présidence de la Fédération française de rugby (FFR) où il a connu des fortunes diverses.

Parmi les nombreux hommages accumulés après l'annonce de sa disparition, à la mi-journée, celui de l'ancien international Yannick Bru résume le personnage: "homme brillant, (...) qui a toujours servi notre sport".

"Le rugby français perd l'un de ses plus fidèles serviteurs", a renchéri Bernard Laporte, sur Twitter, son successeur à la tête de la FFR.

Né à la fin de la seconde guerre mondiale au coeur de la montagne basque, Camou a poussé dans le "ru-by", mot qu'il prononçait en roulant le r initial et omettant la gutturale. Il n'avait pas 18 ans lorsqu'il créa avec son frère Jean-Gabriel, futur maire d'Uhart-Cize, le club du village.

Le fondateur de l'US Garazi y est joueur, puis naturellement président lorsque l'âge l'invite à quitter le terrain. Parallèlement, il rejoint le comité Côte basque-Landes dont il est trésorier pendant 20 ans puis patron dès 1996. Une rampe de lancement idéale vers la tête de la FFR.

Parce que le sport ne nourrit pas son homme, Camou, après des études de droit et d'économie à Bordeaux, est recruté à Bayonne par Michel Inchauspé, patron de la banque basque éponyme. Il y acquerra le goût des grands projets et une expertise irremplaçable en matière de gestion. 

Trésorier adjoint de la FFR en 1996, vice-président en 2000, il se présente donc naturellement en 2008 à la succession de Bernard Lapasset, démissionnaire car tout fraichement élu à la tête de l'International Rugby Board. 

- A un point de la Coupe du monde -

Elu à l'unanimité à Vannes, dans une Bretagne bien éloignée des terres de rugby mais qu'il avait décidé de conquérir à l'instar des autres terres vierges, Pierre Camou va vivre un premier mandat relativement confortable sur le plan sportif et politique. 

Victorieux du Tournoi des 6 nations en 2010, deuxième en 2011, le XV de France emmené par Marc Lièvremont va surtout, la même année, rater pour un point son premier sacre mondial, défait par les All-Blacks (8-7) en Nouvelle-Zélande. Mais, le retour au pays est digne de champions du monde, avec réception populaire place de la Concorde et hommage présidentiel.

Pierre Camou et la FFR en tirent les bénéfices. Un an après le désastre de Knysna, fatal durant près d'une décennie à l'image du football français, le rugby pousse les murs, gagnant plus de 25% de licenciés et boostant son attrait chez les femmes, joueuses ou spectatrices, amplifié par le succès du Mondial-2014 fémininn organisé pour la première fois en France.

L'embellie du ballon ovale accélère les projets pharaoniques du patron de la FFR. Admirateur de ses homologues britanniques qui avec Twickenham à Londres, l'Aviva Stadium de Dublin ou le Millennium de Cardiff possèdent des enceintes dédiées au rugby plus que rentables, Camou veut son stade. D'autant que les relations avec le Stade de France de Saint-Denis dans lequel le XV de France dispute ses matches internationaux sont détestables.

- Grand stade abandonné -

Le projet de Grand Stade de 82.000 places à Evry sera donc le fil rouge de son second mandat, entamé en 2012, avec une opposition interne qui croît au fil du temps, renforcée par les errements dans lesquels est retombé le XV de France. 

Quatre ans après la bataille héroïque de l'Eden Park d'Auckland, le nouveau sélectionneur nommé par Camou, Philippe Saint-André, prend en effet le bouillon avec l'équipe de France à Cardiff, humilié par la Nouvelle-Zélande (13-62) en quarts de finale du Mondial. 

La convention de mise à disposition des internationaux signée avec la Ligue nationale de rugby (LNR) n'inversera pas la tendance. Guy Novès, lui aussi nommé par Camou, ne connaîtra pas non plus le succès avec l'équipe nationale. 

Candidat à un troisième mandat en 2016, le Basque est détrôné par Bernard Laporte, ancien secrétaire d'Etat aux sports, après une campagne âpre. 

Laporte héritera de son prédécesseur du dossier de candidature pour le Mondial-2023, qu'il fera triompher. En revanche, le projet de Grand Stade est très vite définitivement enterré. Blessé, malade, Pierre Camou aura survécu moins de deux ans à sa défaite.

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