Pesticides : seulement 1% des financements publics servent effectivement à réduire leur usage, selon la Fondation Nicolas Hulot

Pesticides : seulement 1% des financements publics servent effectivement à réduire leur usage, selon la Fondation Nicolas Hulot
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, publié le mardi 09 février 2021 à 11h52

Sur 23,2 milliards d'euros d'aides, seulement 220 millions ont un effet avéré sur la réduction de l'usage des pesticides.

Un rapport de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) rendu public mardi 9 février épingle l'inefficacité des financements publics de l'agriculture française visant à réduire l'usage des pesticides. Parmi ces financements, 40% sont des budgets européens, via la politique agricole commune (PAC), et 60% sont des budgets nationaux dont les cofinancements de la PAC et des allègements de charges sociales et fiscales, pour majeure partie. Ils représentent une large part des revenus du secteur.

Les auteurs de l'étude ont analysé "l'ensemble de l'estimation des aides publiques qui vont à l'agriculture et à l'alimentation en France", donc les agriculteurs, mais aussi "tous les maillons de la chaîne, notamment institutions de recherche, chambres d'agriculture, soit 23,2 milliards d'euros, selon Christophe Alliot, du Basic (Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne), qui a réalisé cette étude avec la FNH.

"Sur les 23,2 milliards, seuls 11% ont une intention définie dans les textes de manière directe ou indirecte qui vise la réduction des pesticides, soit 2,7 milliards sur les 23,2 milliards", a déclaré M. Alliot lors d'une conférence de présentation du rapport. "Parmi ces 11%, seulement 1% des 23,2 milliards ont des effets avérés en l'état actuel des connaissances, soit 220 millions d'euros environ en 2018", assure ce rapport, qui a été réalisé notamment à partir du réseau d'information comptable agricole (Rica), une enquête annuelle de l'Union européenne, réalisée pour la France par le service statistiques du ministère et qui compile les données de 7.000 exploitations.

Responsabilité partagée

"Depuis 2008, finalement, on a des pouvoirs publics qui donnent au monde agricole de grands objectifs à atteindre, les fameux objectifs du plan écophyto, mais sans leur assurer les moyens", a déploré Caroline Faraldo, responsable agriculture et alimentation à la FNH.

"Le poids de l'échec de la réduction de l'usage des pesticides est trop souvent mis uniquement sur les épaules des agriculteurs, alors que la responsabilité est également du côté des pouvoirs publics et de l'ensemble des acteurs agricoles et alimentaires", a-t-elle ajouté.

Ce constat de la FNH intervient alors que la prochaine politique agricole commune (PAC) -soit les aides européennes versées aux agriculteurs qui représentent une part non négligeable des deniers publics qu'ils perçoivent- est en cours de préparation.

"Il faudrait cinq fois plus de moyens pour la bio, pour atteindre nos objectifs en termes de surface agricole utile", a ainsi déclaré Caroline Faraldo, alors que le rapport pointe les aides à la conversion et au maintien en bio parmi les rares dispositifs efficaces pour réduire les pesticides.

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