Pesticides : les agriculteurs, en première ligne face à la maladie de Parkinson

Pesticides : les agriculteurs, en première ligne face à la maladie de Parkinson
Jacques Larcher à La Chapelle-Bouexic (Ille-et-Vilaine) le 26 décembre 2019

, publié le samedi 28 décembre 2019 à 09h16

L'utilisation de pesticides explique l'incidence supérieure de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs. Mais peu d'entre eux osent demander une reconnaissance de l'origine professionnelle de leur maladie.

Cela fait vingt ans que Jacques et Albert souffrent de la maladie de Parkinson.

Toutefois, les deux agriculteurs ont dû attendre 2019 pour être reconnus en maladie professionnelle, suite à leur exposition récurrente aux pesticides. "Je vais pouvoir faire un cadeau à mes petits-enfants. Avant, il n'en était pas question", sourit Albert Chotard, 73 ans, dont la retraite a été doublée et portée à 750 euros mensuels, suite à cette reconnaissance. Chez cet agriculteur breton du Morbihan, les premiers symptômes sont apparus en 1997, à 51 ans, alors qu'il tente de monter sur son cheval. "J'arrivais pas à mettre le pied à l'étrier", explique-t-il. A l'époque, la maladie de Parkinson n'est pas encore reconnue comme maladie professionnelle chez les agriculteurs. Pour que cette injustice prenne fin, il faudra attendre 15 ans et le décret du 4 mai 2012 destiné aux agriculteurs ayant réalisé au moins pendant 10 ans des travaux "exposant habituellement aux pesticides".


Frappé de plein fouet par la maladie, Albert Chotard, ne lance pas les démarches nécessaires pour bénéficier d'une reconnaissance de sa maladie professionnelle. "J'y croyais pas", dit l'agriculteur qui, désormais, parle et se déplace très difficilement. "Avec Parkinson, tu es figé, tu ne peux pas bouger, tu ne peux rien faire. Ça atteint tous les domaines, tout le corps, pas seulement la parole", explique son ami Jacques Larcher, 66 ans, qui souffre lui de la maladie de Parkinson depuis 1998 et ses 45 ans. "Dès que tu fais quelque chose, c'est une corvée. Le moindre truc, il faut se battre pour le faire", dépeint cet agriculteur retraité. Durant sa carrière, l'homme a souffert de problèmes respiratoires, notamment des crises d'asthme, après avoir manipulé des pesticides. A la télé, il a bien entendu parler d'agriculteurs ayant obtenu la reconnaissance en maladie professionnelle. Mais "tout seul, on n'est rien face à la MSA (mutualité sociale agricole, ndlr). Je ne voyais pas par quel bout prendre ça tout seul. Je ne m'en sentais pas capable", s'épanche Jacques Larcher. 

Seulement 196 agriculteurs indemnisés par la Mutualité sociale agricole

Finalement, les deux hommes font la rencontre de Michel Besnard, rencontré fin 2018 via un ami commun. Membre du collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest, il s'occupe des formalités pour Jacques et Albert. "Beaucoup de paysans se sentent un peu coupables de la maladie", assure ce fils de paysan, qui estime "infime" le nombre d'agriculteurs se lançant dans cette démarche de reconnaissance de leur maladie. Une analyse personnelle qui semble se vérifier dans les faits : entre 2012 et 2017, la MSA n'a indemnisé que 196 agriculteurs frappés par la maladie de Parkinson, alors que les cas chez les agriculteurs se comptent par milliers, d'après les chiffres officiels. En effet, selon Santé Publique France, l'incidence de la maladie est 13% plus élevée pour les professionnels de l'agriculture que pour l'ensemble de la population française.

Un accompagnement des agriculteurs à améliorer ?

"La MSA sait tout mais ils ne font rien. Ils n'informent pas les gens alors qu'ils connaissent tout de leur vie. Et pour les paysans qui font la démarche, la MSA ne fait rien pour les accompagner, soit par inertie, soit par mauvaise volonté", critique encore Michel Besnard. Pour sa part, la Mutualité agricole conteste ces accusations. "Les accompagnements existent dans les faits pour les assurés qui le souhaitent", assure Catherine Hinry, sous-directrice de la MSA Portes de Bretagne (Ille-et-Vilaine et Morbihan), qui dit regretter que les deux agriculteurs "aient eu le sentiment d'être insuffisamment accompagnés". Pour autant, la dirigeante assure que l'accompagnement sera amélioré à l'avenir "en mettant en place un parcours de reconnaissance (...) qui facilitera les échanges d'information".

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