Pénuries de médicaments : la Ligue contre le Cancer veut toucher les laboratoires au portefeuille

Pénuries de médicaments : la Ligue contre le Cancer veut toucher les laboratoires au portefeuille
(illustration)

publié le lundi 20 septembre 2021 à 14h10

Trois patients atteints de cancer sur quatre disent avoir dû faire face à une pénurie de traitements, selon une enquête publiée par la Ligue contre le cancer.

Mises en pleine lumière pendant la crise sanitaire, les difficultés d'approvisionnement que connait la France en matière de médicaments sont encore loin d'être réglées. Pire, elles s'aggravent, à en croire les propos du vice-président de la Ligue contre le Cancer, relayés par franceinfo lundi 20 septembre.

"Il y a vingt ans, il y avait 50 ou 60 pénuries par an.

Actuellement, près de 2 500 sont recensés par l'Agence du médicament. Ces pénuries ne touchent que des médicaments qui sont dans le domaine public, des médicaments anciens qui existent depuis 20 ans, 30 ans, 40 ans, 50 ans. Ces traitements ne sont pas chers et les marges bénéficiaires pour les industriels sont peu importantes", résume ainsi Jean-Paul Vernant.

L'enjeu, est donc une affaire de gros sous. "Cela ne rapporte plus assez d'argent, contrairement aux innovations thérapeutiques qui, elles, ont des marges bénéficiaires énormes. Ce sont des médicaments qui sont dans le domaine public et qui représentent 70% ou 80% des traitements que nous utilisons pour traiter le cancer. Or, pour ces médicaments, l'industrie pharmaceutique, afin de garder des marges bénéficiaires satisfaisantes, fait des économies sur leur production, détaille t-il évoquant des productions de principes actifs localisées en Inde et en Chine.

80% des principes actifs pharmaceutiques sont actuellement fabriqués hors de l'UE, principalement en Chine et en Inde, et 40% des médicaments commercialisés dans l'Union sont en provenance de pays tiers, rappelait en décembre 2020 le secrétaire d'Etat Adrien Taquet. Emmanuel Macron pour sa part avait annoncé en juin 2020 qu'il souhaitait relocaliser la production du paracétamol et plus généralement engager une stratégie de "reconquête de souveraineté sanitaire et industrielle".

"En France, en particulier, certains laboratoires de chimie sont prêts à faire cela. Ils le faisaient, il y a vingt ans. On leur a retiré ce travail pour le confier, par souci d'économie, à des pays d'Extrême-Orient. Et puis, il convient d'imposer des stocks. Si ces stocks ne sont pas fournis, il faut qu'il y ait des punitions financières données aux industriels", recommande pour sa part le vice-président de la Ligue contre le Cancer, qui préconise également la création d'un établissement français du médicament.

Tentatives avortées pour un "pôle public du médicament" fin 2020

En décembre 2020, le groupe CRCE à majorité communiste avait échoué à faire adopter par la majorité sénatoriale de droite une proposition de loi visant à mettre en place "un service public du médicament". Seuls les groupes CRCE et écologiste avaient voté en faveur des différents articles de ce texte, débattu dans le cadre d'une niche parlementaire, le PS privilégiant l'abstention. Face aux pénuries et ruptures croissantes de médicaments, les sénateurs de tous bords se sont néanmoins retrouvés pour faire le constat d'une situation préoccupante, mise en lumière par la crise du Covid-19.



Le texte proposait l'instauration d'"un pôle public du médicament et des produits médicaux", pour que la puissance publique reprenne "l'initiative et le contrôle sur cet enjeu stratégique", ainsi que d'un "programme public de production et de distribution de médicaments essentiels concernés par des ruptures d'approvisionnement". Il prévoyait la possibilité de réquisitionner en cas d'urgence sanitaire les laboratoires pharmaceutiques et les sociétés de biotechnologie. Il proposait aussi le contrôle des prix des médicaments, ainsi que la mise en place d'un "observatoire citoyen des dispositifs médicaux". 

"La crise du Covid-19 a révélé, ou plus exactement confirmé, les difficultés de la chaîne d'approvisionnement du médicament", avait à l'époque confirmé le secrétaire d'Etat Adrien Taquet. Mais pour lui, c'est "au niveau européen que la réflexion doit être menée".

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