Pédophilie : la nièce de l'ancien chirurgien Joël Le Scouarnec témoigne et dénonce l'omerta qui règne dans les familles

Pédophilie : la nièce de l'ancien chirurgien Joël Le Scouarnec témoigne et dénonce l'omerta qui règne dans les familles
Dossier Joël Le Scouarnec à l'ouverture de son procès.
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, publié le jeudi 11 février 2021 à 09h30

Condamné en décembre 2020 à 15 ans de prison pour des faits de viols et d'agressions sexuelles sur quatre mineures dont sa nièce Aurélia*, l'ex-chirurgien est également mis en examen à Lorient pour viols et agressions sexuelles sur 312 victimes potentielles, identifiées à la lumière de ses "carnets", relatant des sévices sexuels sur une période de 30 ans.

La nièce du chirurgien pédocriminel Joël Le Scouarnec, condamné en décembre 2020 à 15 ans de réclusion criminelle pour des faits de viols et d'agressions sexuelles sur quatre mineures, témoigne pour la première fois. Elle a raconté à franceinfo, à BFMTV et au Parisien et les violences sexuelles subies et a appelé à briser l'omerta qui règne trop souvent dans les familles.



Aujourd'hui âgée de 35 ans, Aurélia* a subi des abus à la fin des années 1980, pendant son sommeil.

Celle qui était alors une très jeune enfant a expliqué se souvenir avoir senti une "présence" et se rappelle de "flashs". "Je me souviens d'une nuit, où je sens une présence et des flashs. Je n'ai pas pu me réveiller, alors que je me disais 'réveille-toi !' Je n'ai pas réussi et je me suis dit 'c'est peut-être des éclairs'. Le lendemain, j'ai demandé à ma mère s'il y avait de l'orage cette nuit-là. Elle m'a dit que non", a expliqué la jeune femme. Elle découvrira bien plus tard, à l'été 2019, que ces flashs étaient ceux de l'appareil photo de Joël Le Scouarnec, qui prenait des clichés des agressions.

Sa petite soeur et elle seront violées pendant plusieurs années. Quand elles en parlent à leurs parents, rien ne se passe, explique Aurélia qui dénonce une omerta "complexe et insidieuse". "On ne m'a pas empêchée de parler, on ne m'a pas dit 'surtout ne dit rien'. Ce n'était pas tabou. On en a souvent parlé, en fait la parole des enfants était libérée. C'est juste que les parents ne sont pas toujours prêts à entendre", raconte-t-elle. 

Car Joël Le Scouarnec est "celui qui a le mieux réussi, qui vivait le mieux. Il était mis forcément sur un piédestal, notamment par ses propres parents. Il était intouchable au final", poursuit-elle, précisant dans Le Parisien que son grand-père avait réagi en disant : "Ce n'est pas un crime non plus". "Il ne fallait pas déranger un équilibre fragile et toute une image familiale", estime la jeune femme. Si la famille "ne savait peut-être pas tout, elle savait énormément de choses. (...) Elle a menti, alors qu'elle aurait pu protéger beaucoup d'enfants", regrette la jeune femme.



Elle porte finalement plainte contre son oncle en 2017, au moment où l'affaire éclate après la découverte des carnets où il a noté méticuleusement pendant plus de 30 ans toutes les agressions commises sur des enfants. Si Joël Le Scouarnec a reconnu, au cours du procès les faits de viol sur ses deux nièces, il a été uniquement condamné pour des faits d'agressions sexuelles à l'encontre d'Aurélia. La jeune femme se bat aujourd'hui pour que la justice requalifie les faits en viol et reconnaisse la réalité de ce qu'elle a subi. "Je ne trouve pas ça juste de devoir me battre aujourd'hui. Après un procès, après des écrits, après des photos, après des aveux, ça n'est toujours pas reconnu au niveau de la justice, parce que je ne me souviens pas, parce que je dormais", regrette-t-elle.

Joël Le Scouarnec a fait appel de sa condamnation qui ne concerne que le premier volet de l'affaire. L'ex-chirurgien pédocriminel est en effet également mis en examen à Lorient pour viols et agressions sexuelles sur 312 victimes potentielles, identifiées à la lumière de ses "carnets", relatant des sévices sexuels sur une période de 30 ans.

* Son prénom a été modifié. 

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