Pédophilie dans l'Église : 400 victimes présumées recensées par une association

Pédophilie dans l'Église : 400 victimes présumées recensées par une association
Le cofondateur de l'association "La Parole Libérée", Francois Devaux, à Lyon le 15 mars 2016.

Orange avec AFP, publié le vendredi 30 septembre 2016 à 20h45

Depuis novembre 2015, l'association lyonnaise "La Parole Libérée" - créée par trois anciennes victimes du père Bernard Preynat - a recueilli 400 témoignages de personnes expliquant avoir subi des actes pédophiles commis par des prêtes.

Le chiffre a été dévoilé ce vendredi 30 septembre par France Info. "Au-delà des 70 victimes du père Preynat que nous avons recensées, nous avons reçu 207 témoignages sur Match, la plateforme que nous avons lancée il y a quelques mois pour mettre en relation les victimes d'un même prédateur.

De nombreuses personnes ont également témoigné sur notre forum ou en nous envoyant des courriers", a ensuite précisé à 20 Minutes, Bertrand Virieux, secrétaire de l'association. Selon "La Parole Libérée", 90% des témoignages concernent des faits reprochés à des hommes d'Église. "Ces personnes ne témoignent pas forcément de manière anonyme. Elles donnent des détails sur les faits, les lieux, les dates et leurs agresseurs de manière précise et détaillée, ce qui confère une grande crédibilité à ce qu'elles disent", a ajouté Bertrand Virieux.

"IL FAUT DU TEMPS POUR OSER PARLER"

Parmi les témoignages recueillis, l'association évoque celui d'un homme aujourd'hui âgé de 93 ans : "Il a été victime d'agression sexuelle dans son enfance", explique à France Info François Devaux cofondateur de "La Parole Libérée". "Sa femme est décédée et elle n'a jamais su". Selon lui, ces victimes se révèlent très tardivement par nécessité "de verbaliser et de dénoncer en disant : 'ce traumatisme que j'ai vécu, je ne veux pas que d'autres enfants le vivent'".


"Il y a une vrai dynamique. Les personnes constatant qu'il n'y a rien de honteux dans le fait d'avoir été victime se mettent également à parler", a ajouté Bertrand Virieux à 20 Minutes. "On se rend compte que la position de l'Église qui tend à dire que 'puisqu'on a rien vu ou entendu, c'est qu'il ne s'est rien passé', ne tient plus. Ces témoignages nous confortent dans l'idée que nous devions parler". Le secrétaire aimerait que le délai de prescription concernant les viols et agressions sexuelles sur mineurs, de 20 ans aujourd'hui après la majorité de la victime, soit rallongé. "Il faut du temps pour oser parler de ce que l'on a subi. Souvent, lorsque les victimes se sentent prêtes à dénoncer les faits qu'elles ont vécus, il est trop tard pour la justice", ajoute l'association.

Bernard Preynat est soupçonné d'avoir abusé de jeunes scouts de 8 à 12 ans entre 1972 et 1991. Selon la rédactrice en chef adjointe de La Croix, Isabelle de Gaulmy, auteure d'"Histoire d'un silence" (édition du Seuil), le prêtre aurait "fait entre 65 et 100 victimes". L'affaire avait éclaboussé cet été l'une des personnalités les plus influentes de l'Église de France, le cardinal Philippe Barbarin. L'archevêque de Lyon, qui avait dit avoir "entendu parler en 2007" des soupçons pesant sur le père Preynat, avait alors été visé par des plaintes pour non dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs. Le parquet de Lyon a estimé le 1er août que les infractions reprochées n'étaient pas constituées et a classé l'affaire sans suite.

Suite à cette affaire lyonnaise, certaines mesures ont été prises par la Conférence des évêques de France. Une cellule d'écoute a été activée dans chaque diocèse et une adresse mail dédiée aux victimes a été mise en place (paroledevictimes@cef.fr). Depuis le mois d'avril, 80 témoignages auraient été recueillis sur cette boîte mail, précise France Info.

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