Pass sanitaire : "On n'a pas suffisamment de recul pour nous en priver", soutient Olivier Véran

Pass sanitaire : "On n'a pas suffisamment de recul pour nous en priver", soutient Olivier Véran
Le ministre de la Santé Olivier Véran à l'Assemblée, le 19 octobre 2021.

publié le mardi 26 octobre 2021 à 17h20

Selon le ministre de la Santé, "le pass sanitaire et les mesures de jauges et de gestion qui sont encore en vigueur nous permettent de réduire de 30% la circulation du virus" du Covid-19.

Le pass sanitaire est-il encore utile pour lutter contre le Covid-19 ? L'Assemblée nationale a adopté la semaine dernière en première lecture le projet de loi dit de vigilance sanitaire qui permet notamment de prolonger le recours à ce dispositif jusqu'en juillet 2022. Alors que le Sénat examine à son tour le projet de loi, le ministre de la Santé Olivier Véran a été auditionné ce mardi 26 octobre par les sénateurs.

"On a du mal à comprendre ce que vous attendez de la prolongation du pass sanitaire", a ainsi demandé le sénateur Bernard Jomier, également médecin.



A son entrée en vigueur au cours de l'été, les choses étaient simples : le dispositif devait accélérer la campagne de vaccination. Sur ce plan, c'est un succès : en imposant cet outil pour entrer dans de nombreux lieux, les autorités ont fait de la France l'un des pays européens les plus vaccinés. La question désormais est de savoir si le pass sanitaire peut servir à autre chose. Son usage est-il, par lui-même, en mesure de réduire la circulation de l'épidémie au prix d'une atteinte aux libertés publiques ? A l'instar de Bernard Jomier, plusieurs responsables politiques s'inquiètent de voir s'installer dans la durée un outil liberticide pour une efficacité difficile à quantifier. De même, la Cnil, gendarme des données personnelles, s'inquiète d'un risque d'"accoutumance".

Pour le gouvernement, le pass sanitaire permet d'éviter de transformer des lieux publics en foyers épidémiques, en freinant l'accès des non-vaccinés, même s'il est difficile de savoir quel est le rôle du pass sur la propagation du virus et ce qui est lié aux différentes restrictions sanitaires. "Nous estimons que le pass sanitaire et les mesures de jauges et de gestion qui sont encore en vigueur nous permettent de réduire de 30% la circulation du virus. Sans ça nous serons bien au-delà de 5.000 cas par jour", a affirmé Olivier Véran mardi en invitant les sénateurs à regarder "ce qui se passe en Angleterre" où l'essentiel des restrictions a été levé en juillet. Depuis plusieurs jours, le pays enregistre des taux de contaminations parmi les plus élevés au monde. 

En l'absence de données précises, l'argument principal du ministre, qui assure de sa "volonté farouche" d'abandonner le pass dès que possible, se base surtout sur le principe de précaution. "On n'a pas suffisamment de recul à ce stade pour pouvoir nous priver d'un outil qui est fonctionnel (et) qui est très bien accepté par les gens", a-t-il déclaré aux sénateurs, reconnaissant une stratégie "ceintures et bretelles". "Aujourd'hui, tout nous laisse à penser que nous avons désormais la maîtrise de l'épidémie grâce aux outils dont nous disposons. Et ces outils-là, nous savons que nous en aurons besoin dans les mois à venir et pas dans les semaines à venir. C'est l'objet de ce projet de loi", a-t-il insisté. 

"Imaginez que vous ayez des voitures automatiques dont on vous dise qu'elles sont parfaitement sûres et ne produisent plus d'accidents de la route. Est-ce que, pour autant, dès les premiers mois vous allez retirer (...) la ceinture obligatoire ?", a-t-il encore argumenté.

Olivier Véran a également expliqué craindre l'arrivée d'un nouveau variant, citant le sous-variant Y-4.2, "apparu une nouvelle fois en Angleterre et issu du variant Delta" et qui représente déjà 6% des cas diagnostiqués dans le pays. "S'il circule en Angleterre, c'est qu'il circule déjà ailleurs en Europe. On a toutes les raisons de rester extrêmement vigilants", a souligné le ministre. 
 

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