Paris : un trafic géant de voitures volées organisé par un policier

Paris : un trafic géant de voitures volées organisé par un policier©Panoramic

, publié le mardi 08 décembre 2020 à 11h20

Plus d'une centaine de voitures ont quitté le fichier des véhicules volés et ont été revendues illégalement. Au moins un policier en tirait de juteux bénéfices, rapporte Le Parisien mardi 8 décembre.

L'image de la police va encore en prendre un coup.

Au moins un policier, aidé de garagistes ou de particuliers, revendait des voitures qu'il arrivait à sortir du fichier des véhicules volés. Le principal suspect a été en poste dans deux commissariats de Paris. Dernier en date : celui du XXe arrondissement.

Les premiers faits remonteraient à 2017. "En termes de préjudice, on est au-delà de 3 millions d'euros, a confié un des acteurs du dossier au Parisien. Et c'est sans compter sur l'image que cela donne encore de la police..."



L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) était sur l'affaire depuis plusieurs mois. "15 personnes dont un policier ont été placées en garde à vue ce mardi matin sur commission rogatoire pour des faits de recel de vol en bande organisée, blanchiment, association de malfaiteurs, corruption et modification frauduleuse de données à l'encontre d'un système informatisé de données mis en œuvre par l'État", a appris le quotidien par une source judiciaire.

L'enquête de la police des polices a été si discrète que la direction du commissariat du XXe n'était pas au courant. "En dehors des dossiers de stupéfiants, on a rarement vu un trafic et une fraude de cette ampleur dans la police", d'après une source proche du dossier. "Mais après de nombreuses vérifications, il n'y aurait qu'un seul policier impliqué. Les agents qui ont sorti les voitures de la liste des voitures volées l'ont fait en toute bonne foi, sur l'appel du principal suspect", a indiqué une autre source au Parisien.

L'enquête a démarré grâce à une alerte d'Argos, groupement d'assurances chargé de faciliter les recherches de véhicules volés, perplexe face à des dossiers non-clôturés, et à des plaintes de particuliers.

L'Etat assigné en justice

Le Parisien a rencontré l'un d'eux. Il s'est fait voler son Audi le 14 février 2020. Il est allé porter plainte. Puis, son assurance a refusé de l'indemniser car il avait été victime d'un vol par ruse sans effraction.

Le 11 mai, son assureur l'informe que sa voiture a été retrouvée le 6 mai. Il se rend au commissariat du XXe arrondissement qui lui assure que son véhicule n'a pas été retrouvé. Le 1er juillet, l'assurance lui envoie un nouveau courrier indiquant que son Audi, qui vaut presque 30 000 euros, n'est plus retrouvée. En fait, dès le 7 mai, elle a été effacée du fichier des véhicules volés. "Il n'y a que les policiers et les gendarmes qui peuvent procéder à ce type d'acte", souligne une source proche du dossier.

La voiture a été confiée à un garagiste qui a mis la voiture à son nom. Ensuite, une femme a refait la carte de grise de la voiture. C'est elle qui a été chargée de trouver un acquéreur, en l'occurrence, une famille du Pas-de-Calais, qui a acheté l'Audi en toute bonne foi et payé en liquide contre une ristourne.

"Si j'étais resté les bras croisés, leur magouille pouvait continuer longtemps", a affirmé la victime du vol au Parisien. L'homme a déposé plainte contre X pour ce recel et assigné l'Etat en justice. "Cette manipulation n'a pu être effectuée qu'avec l'assistance d'un ou plusieurs policiers, fonctionnaires de l'Etat", a ajouté son avocat avant de conclure : "L'Etat a engagé sa responsabilité et doit réparer le dommage causé à mon client".

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