Paris : un gynécologue de l'hôpital Tenon accusé de violences par plusieurs patientes, une enquête ouverte

Paris : un gynécologue de l'hôpital Tenon accusé de violences par plusieurs patientes, une enquête ouverte
L'entrée de l'hôpital Tenon à Paris.

publié le jeudi 23 septembre 2021 à 20h45

Alors que se multiplient les témoignages de patientes et d'étudiants en médecine qui ont assisté à des consultations données par ce professeur spécialiste de l'endométriose, le médecin a fait savoir via l'AP-HP qu'il "conteste les faits dont on l'accuse" et qu'il "s'en remet à l'enquête interne".

Elles parlent d'un "boucher", de "douleur absolument fulgurante" ressentie lors d'auscultations, d'examens pratiqués sans consentement... D'anciennes patientes d'un gynécologue parisien spécialiste de l'endométriose officiant à l'hôpital Tenon dénoncent des pratiques brutales et non consenties lors d'examens médicaux. Une enquête interne a été ouverte, a révélé franceinfo jeudi 23 septembre.

Elle va être menée conjointement par l'hôpital Tenon et la faculté de médecine de Sorbonne Université, où le professeur enseigne, a précisé l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris) à la radio. Le médecin "conteste les faits" et "s'en remet à l'enquête interne".



Cinq signalements ont été reçues par l'AP-HP au sujet de ce médecin concernant "notamment un manque d'information autour d'examens pratiqués durant des consultations de gynécologie", indique franceinfo. "Quatre ont donné lieu à une proposition de médiation", précise l'AH-HP. De son côté, le conseil départemental de l'Ordre des médecins à Paris a reçu trois signalements en 2014 concernant ce professeur. L'un concerne un mécontentement lié à la prescription, un autre la "brutalité dans le rapport humain" du praticien, le troisième implique des violences sexuelles.


Dans un courrier adressé au conseil de l'Ordre le 15 août 2014 et révélé par franceinfo, une patiente dénonce ainsi : "Lorsque l'on pénètre une femme sans son accord, (...) cela s'appelle une agression sexuelle. (...) Je précise que j'ai l'habitude, souffrant d'une endométriose gynécologique et digestive, de subir toutes sortes d'examens par voies vaginale et anale. Je n'ai jamais refusé ces gestes sans une bonne raison, et la douleur que cela engendre m'est bien connue. Or, rien dans mon parcours médical n'a égalé la violence du toucher rectal imposé par (ce gynécologue)".

La jeune femme a raconté à franceinfo des violences subies lors d'un examen avec ce praticien, évoquant l'insertion d'un spéculum "de manière extrêmement violente, sans lubrifiant" ou un toucher rectal effectué malgré son refus, refus qu'elle a en outre justifié par une opération récente. Lorsque le médecin réalise l'examen, "je sens toutes les sutures qui craquent, les cicatrices qui explosent, j'ai une douleur absolument fulgurante, je me débats dans les étriers, je hurle", a-t-elle témoigné.

"Nous avons traité ce signalement comme il se doit", a indiqué au Parisien / Aujourd'hui en France Jean-Jacques Avrane, président du conseil de l'Ordre des médecins à Paris. "Nous l'avons interrogé, il a répondu à la patiente en contestant les faits reprochés, il lui a dit qu'il avait fait l'examen dans les bonnes pratiques habituelles. Elle n'a pas voulu porter plainte. C'est parole contre parole. Nous l'avons mis sous surveillance, mais nous n'avons reçu aucun signalement depuis, et il n'y avait rien dans son dossier avant", a-t-il expliqué.

Pour autant, les témoignages de patientes se multiplient, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Depuis le 13 septembre, le compte Twitter "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques" publie sous le hashtag StopOmerta une série de récits anonymes de victimes, mais aussi de témoins, étudiants ou étudiantes, qui ont assisté à des consultations effectuées par ce professeur.


"Quand je m'éloigne de la patiente, le médecin s'empare du spéculum. Sans prévenir, il l'insère dans le vagin de la dame. D'un coup. Elle se crispe sous la douleur. Ses muscles se contractent et font ressortir l'instrument. Le médecin le renfonce, plus fort. Il hurle 'détendez-vous'. Elle gémit, il est évident qu'elle est terrorisée (...). Il s'exaspère. Le spéculum ressort encore. Il le renfonce de plus en plus brutalement. J'ai envie de pleurer, parce que je réalise que je viens d'assister à un viol et que je n'ai rien dit", a ainsi témoigné une étudiante qui a assisté à une consultation du spécialiste. 

Plusieurs externes et internes en médecine ont affirmé sur les réseaux sociaux avoir alerté des médecins du service, en vain. De son côté, le professeur a fait savoir via l'AP-HP qu'il "conteste les faits dont on l'accuse et récuse des propos qu'il juge diffamatoires". Il a ajouté qu'il "s'en remet à l'enquête interne".
 

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