Paris : deux élus de droite refusent d'héberger des migrants, Anne Hidalgo s'indigne

Paris : deux élus de droite refusent d'héberger des migrants, Anne Hidalgo s'indigne
Le campement de migrants devant la Halle Pajol, à Paris, le 29 juin 2016.

Orange avec AFP, publié le mercredi 29 juin 2016 à 19h30

- Le millier de personnes installées devant la halle Pajol, dans le 18e arrondissement, devaient être déplacées mercredi après-midi dans un gymnase du 15e arrondissement. Mais le maire et le député du secteur s'y sont opposés.

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Un campement de migrants s'est récemment reconstitué devant la Halle Pajol, dans le 18e arrondissement de Paris, un an après l'évacuation du précédent. Évacués mercredi 29 juin dans l'après-midi, ils devaient être relogés dans un gymnase du 15e arrondissement. Mais le maire Philippe Goujon (Les Républicains) et le député du secteur Jean-François Lamour (LR) ont bloqué l'entrée de l'établissement. Une attitude jugée "inadmissible" par la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo. 

Un peu plus tôt dans la journée, le campement, constitué de plus d'un millier de migrants devant la halle Pajol, avait été évacué. Au total, 1.139 personnes dont 58 considérées comme "vulnérables" (femmes, enfants) avait été conduites dans près de 70 centres d'hébergement à Paris et en banlieue. Problème, pour les structures devant accueillir les migrants : c'est plus du double de la population estimée il y a quelques jours, selon la préfecture de région.

Il n'empêche, pour la maire de Paris, "nous sommes dans un État de droit : lorsqu'une décision préfectorale est prise, celle-ci doit pouvoir s'appliquer". Dans un communiqué, elle évoque des "mots vifs" et "des coups de pieds" "donnés dans les baluchons" des réfugiés. 





La ministre du Logement Emmanuelle Cosse a pour sa part qualifié l'attitude des deux élus de "scandaleuse et irresponsable", et "contraire aux valeurs de la République". "Aucun territoire, aucun élu de la République n'est dispensé de la nécessaire solidarité qui fait de la France une terre d'accueil", a-t-elle ajouté dans un communiqué.



LES ÉLUS N'AURAIENT PAS ÉTÉ PRÉVENUS

De son côté, Philippe Goujon se défend en assurant que "ni l'État ni la ville ne l'avaient prévenu" de la réquisition de l'enceinte sportive, et qu'"injecter dans un gymnase, sans préparation, des centaines de personnes, ce n'est pas possible".



Le maire LR de Palaiseau (Essonne), Grégoire de Lasteyrie, a lui aussi assuré ne pas avoir été informé de l'arrivée d'une soixantaine de migrants : "il y a un manque de préparation flagrant de la part de l'État, on les déplace comme du bétail, ce n'est absolument pas respectueux des populations concernées ni des collectivités territoriales", a-t-il affirmé à l'AFP.

Devant la halle Pajol mercredi matin, le directeur général d'Emmaüs France Bruno Morel avait lui salué la mobilisation de l'État et de la ville de Paris, tout en soulignant que la capitale "ne peut pas tout concentrer sinon on va à l'explosion. Il faut qu'on arrive à une approche nationale", un diagnostic partagé par les autorités et les associations. L'opération, 25e du genre en un an et menée comme chaque fois par la préfecture de région, la préfecture de police, la ville de Paris, les associations Emmaüs et France terre d'asile et l'Office français de l'intégration et de l'immigration (Ofii), avait démarré dans le calme peu avant 06h30 et s'est achevée en fin de matinée.

CERTAINS MIGRANTS ONT REFUSÉ DE DESCENDRE DES BUS

Les migrants, essentiellement soudanais, afghans et érythréens, se sont pressés pour monter dans des bus. Mais une fois arrivés dans les centres d'hébergement, certains "ont refusé de descendre des bus", et 150 migrants ont décliné les offres faites sur cinq sites en Île-de-France, a-t-on appris auprès de la préfecture de région. Le préfet Jean-François Carenco expliquait avoir "du mal à comprendre le niveau d'exigence des gens" : "beaucoup ont connu la guerre ou la dictature et ne veulent pas aller en province ou dans un centre d'hébergement en Île-de-France".

Depuis un an, les campements se sont régulièrement reconstitués dans les quartiers proches de la Gare du Nord, débouchant à chaque fois sur une évacuation. Au total quelque 12.000 offres d'hébergement ont été faites par les pouvoirs publics. "Cette répétition a quelque chose d'absurde. Il est nécessaire que les politiques prennent la mesure de la question", a commenté sur place mercredi Pierre Henry, directeur général de France terre d'asile, en plaidant pour "des capacités d'accueil temporaires dans toutes les capitales régionales". Anne Hidalgo a annoncé la création à la mi-septembre d'un centre humanitaire de réfugiés dans le nord de Paris.

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