Paris : contre le racisme, la supérette de Stalingrad affiche la couleur

Paris : contre le racisme, la supérette de Stalingrad affiche la couleur
Paris, ce lundi. Les clients de la supérette ont tous photographié l'affiche que le franchisé a mise sur sa vitrine.

leparisien.fr, publié le mardi 08 mai 2018 à 19h02

Excédé par la multiplication des insultes racistes envers lui, ses employés ou même entre clients, le gérant d'un Franprix du XIXe « interdit » son magasin aux racistes. Faute d'avoir trouvé une autre solution.

« Le magasin est interdit aux racistes ! » Cet avertissement sans ambiguïté, griffonné au bas d'une affichette manuscrite visiblement rédigée à la va-vite, accueille les clients avant même leur entrée dans la supérette Franprix de la rue Bouret (XIXe) à proximité de Stalingrad.

C'est le résultat d'un « coup de sang » de Jean-Jacques L., le patron de la supérette qui assume son geste après une accumulation de problèmes dans le commerce. Des incidents « qui tournent toujours autour de la couleur des employé.e.s » détaille l'affichette collée à la fois à l'extérieur et à l'intérieur de la supérette.

« C'est un ras-le-bol face à la multiplication des insultes »

« Il n'y a pas eu spécialement d'élément déclencheur », assure le gérant du magasin qui se présente lui-même comme « juif, pied noir, originaire d'Algérie et totalement Français ». « C'est juste un ras-le-bol de ma part, face à la multiplication des insultes ou des menaces à caractère racial qui peuvent fuser au moindre problème », précise le commerçant qui évalue la fréquence de ces incidents à au moins 2 ou 3 par semaines.

Jean-Jacques L., le patron /

Le patron est en la première victime. « Sale juif est l'insulte que j'entends le plus souvent », déplore-t-il. Mais les 9 employés de la supérette - « arabes, noirs, asiatiques, juifs, blancs et autres... », énumère son affichette - ne sont pas épargnés non plus. « Il y a aussi fréquemment des remarques sexistes ou des insultes envers le personnel féminin », ajoute le commerçant qui évoque également des tensions entre certains clients de différentes communautés.

Après avoir déposé 3 plaintes sans suite depuis son installation dans le quartier il y a maintenant 7 ans, Jean-Jacques a eu l'idée de l'affichette. « Elle ne s'adresse pas à ma clientèle régulière, s'empresse-t-il de préciser. Mais plutôt à la clientèle de passage », relativement nombreuse dans le secteur difficile de Stalingrad. « Les dérapages se produisent souvent en cas de vols » précise le patron de la supérette. « Lundi encore, un employé a surpris un noir qui piquait dans les rayons. Il s'est fait traiter de Ben Laden par le voleur », rappelle le commerçant consterné.

« Ça ne fait pas de mal de rappeler les règles de respect élémentaires »

Son affichette, d'abord passée inaperçue, a été postée sur Twitter par un témoin puis évoquée sur les médias. Et depuis, le patron de la supérette ne compte plus les félicitations et les témoignages de soutien de ses clients. « L'affiche aurait mérité d'être un peu mieux travaillée. Mais c'est une excellente initiative. Ça ne fait pas de mal de rappeler les règles de respect élémentaires », note l'un d'eux en photographiant la feuille avec son portable.

Le groupe Casino, gestionnaire des Franprix, lui, n'a pas encore réagi à l'initiative du commerçant. « Je suis franchisé donc indépendant du groupe Casino. Ici c'est chez moi et chez moi, on se comporte bien », conclut Jean-Jacques qui ne s'attend pas à avoir de remarques de la maison-mère. « De toute façon, cette affichette, ce n'est pas pour me faire de la pub. C'est juste parce que j'en ai marre de racistes. » C'est dit... et c'est écrit

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