Paris : campements évacués, riverains désabusés

Paris : campements évacués, riverains désabusés

leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 19h29

Les campements du canal Saint-Martin et de la porte de Poissonniers ont été démantelés ce lundi matin. Les riverains craignent tous leur reformation rapide.

Et de 36 ! Moins d'une semaine après l'évacuation du campement géant dit du Millénaire à proximité de la porte de la Villette (1 017 personnes mises à l'abri), les policiers et les gendarmes mobiles ont procédé simultanément, ce lundi matin au démantèlement de deux derniers grands camps de migrants du nord-est de la capitale : Le long du canal Saint-Martin dans le Xe et à la porte des Poissonniers dans le XVIIIe. C'était la 36e opération de ce type depuis le début de la crise migratoire à l'été 2015.

« Mais sans doute pas la dernière », pronostiquent des riverains du quai de Jemmapes qui ont assisté au départ des quelque 500 Afghans qui campaient depuis des mois dans des conditions insalubres le long du canal. Commencée à 6 h 30, l'opération s'est déroulée dans le calme, dans le Xe comme dans le XVIIIe. Selon le bilan dressé par la préfecture de région en fin de matinée, 973 personnes ont été « mises à l'abri » principalement en Essonne, dans les Yvelines, le Val-d'Oise et en Seine-et-Marne.

« Chacune des personnes concernées s'est vue proposer une solution d'hébergement temporaire en Ile-de-France. Elles feront par la suite l'objet d'un examen approfondi de leur situation administrative... qui déterminera leur orientation », a précisé la préfecture à l'issue de ce nouveau démantèlement mené sur fond de polémique politique entre le ministère de l'Intérieur et la Ville de Paris sur les mesures à mettre en place pour éviter la reformation des camps.

« Cette nouvelle évacuation ne servira sans doute à rien », estime Jérôme, membre d'un collectif de riverains du canal qui distribue régulièrement des petits-déjeuners aux migrants. « C'est très bien de les sortir de ces camps. Mais en aval, il n'y a pas de réelles structures d'accueil », rappelle le jeune homme. « On va les mettre pour quelques jours dans des centres en lointaine banlieue... où ils ne resteront pas. Ils ont déjà traversé la moitié de la planète. Ce n'est pas quelques dizaines de kilomètres en plus qui vont les gêner. Ils vont revenir, c'est certain. »

Des riverains à bout de nerfs

« Il y en a qui se sont cachés pour échapper à l'évacuation. Ce matin, des jeunes hommes se terraient dans le hall de mon immeuble », intervient Dominique, une grand-mère de 67 ans qui habite dans une résidence de la rue Louis-Blanc toute proche. Entre les deux riverains, la discussion s'engage. Vite interrompu quand Dominique qui dénonce l'insuffisance des reconduites à la frontière lâche « les Français en ont marre ! »

Restée seule, la grand-mère détaille le quotidien des riverains du camp. Les itinéraires piétons modifiés pour ne plus passer avec son petit-fils devant ce « cloaque », les excréments dans les cours d'immeubles ou les caves faute de toilettes en nombre suffisant près du camp... et la mauvaise conscience des voisins. « On ne peut pas vraiment aider. Je le vis tellement mal que j'ai envie de pleurer », note la retraitée à bout de nerfs.

« C'est bien qu'ils aient évacué le camp et surtout qu'ils nettoient le site », enchaîne Ghilas, serveur dans le café La Pointe Lafayette qui domine le campement. « Depuis qu'ils sont là, le chiffre d'affaires a baissé en terrasse, note le cafetier qui ne se fait guère d'illusions sur la suite du dossier. La dernière fois qu'il y avait eu une évacuation, ils étaient revenus l'après-midi même. »

Pendant qu'il parle, une dizaine de jeunes Afghans arrivent sur le pont qui enjambe le canal juste en face, un sac sur le dos, un sac de couchage sous le bras. A leurs pieds, les agents municipaux du nettoyage achèvent d'évacuer les débris du camp.

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