Parents et enseignants, "dans le flou total", demandent des précisions sur la réouverture des écoles : "On ne comprend plus rien"

Parents et enseignants, "dans le flou total", demandent des précisions sur la réouverture des écoles : "On ne comprend plus rien"
"Si chacun mène son protocole sanitaire et organisationnel dans son coin, ce n'est pas entendable", critique Sophie Vénétitay, du Snes-FSU

publié le mardi 28 avril 2020 à 20h57

Le gouvernement a présenté ce mardi 28 avril à l'Assemblée nationale son plan de déconfinement. La stratégie autour de la réouverture des écoles soulève les interrogations des parents et enseignants.

La stratégie de déconfinement du gouvernement présentée ce mardi 28 avril à l'Assemblée nationale fait débat.

Le retour à l'école des élèves soulève notamment des interrogations auprès des parents, mais aussi des enseignants. 


Dans son discours, Edouard Philippe a proposé "une réouverture très progressive" des écoles maternelles et élémentaires à compter du 11 mai, "partout sur le territoire, et sur la base du volontariat", et à raison de 15 élèves maximum par classe. Puis "à compter du 18 mai, mais seulement dans les départements où la circulation du virus est très faible, nous pourrons envisager d'ouvrir les collèges, en commençant par la 6ème et la 5ème", a-t-il ajouté.

La décision de rouvrir les lycées début juin serait, elle, prise fin mai. Les élèves de Terminale passant un bac général, technologique et professionnel seront évalués cette année uniquement via le contrôle continu, en raison de l'épidémie de coronavirus.

Les syndicats enseignants et parents d'élèves demandent "expressément" des précisions à ces annonces, de la part du ministre de l'Education. "A ce stade, il nous faut un protocole sanitaire précis pour pouvoir s'organiser concrètement" et "pas des dates", ont-ils fait savoir.

"On ne comprend plus rien : on a un discours de prudence sur tout sauf sur l'école. Pourquoi faut-il se dépêcher de rouvrir les classes de maternelle et primaire, alors que ce sont des lieux de grande promiscuité", s'interroge Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire. Et d'ajouter : "on nous dit que c'est 10 personnes maximum partout, et en classe c'est 15, on dit non". "On demande des précisions sur le protocole sanitaire", poursuit-elle. "Il faut aussi qu'on soit très clair, si une école ne peut pas présenter toutes les conditions sanitaires, elle ne rouvre pas", propose Francette Popineau.

Pour Stéphane Crochet, secrétaire général de SE-Unsa, "la reprise pour les écoles, telle que présentée, est inacceptable et impossible. Il y a zéro cadre sanitaire", regrette-t-il aussi. 

De la "souplesse au terrain"

Le Premier ministre a annoncé que le port de masques était "obligatoire pour les collégiens" et qu'ils seraient fournis à ceux "qui n'auraient pas réussi à s'en procurer". Tous les enseignants et encadrants recevront des masques. En revanche le port du masque "est prohibé en maternelle" et "pas recommandé, compte tenu des risques de mauvais usage, à l'école élémentaire".

Edouard Philippe a justifié "la réouverture des écoles" par la nécessité de vouloir "garantir la réussite éducative des élèves, notamment les plus vulnérables d'entre eux, dont la scolarité souffre terriblement du confinement". Il a également précisé vouloir "laisser le maximum de souplesse au terrain". 

Mais "laisser la souplesse au terrain est absurde. Si chacun mène son protocole sanitaire et organisationnel dans son coin, ce n'est pas entendable", critique Sophie Vénétitay, du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire. Selon elle les enseignants sont "assez en colère : encore une fois, nous avons des dates qui ne veulent rien dire, alors qu'à ce stade il nous faut un protocole sanitaire précis pour pouvoir s'organiser concrètement".

Inquiétude chez les parents

Du côté des parents d'élèves, Rodrigo Arenas, co-président de la FCPE, première fédération de parents, demande à ce que "les conseils d'école puissent être convoqués très rapidement pour savoir comment tout ça peut être mis en place". Il regrette cependant le "flou total qui créé de l'inquiétude chez les parents".

En l'absence de précisions rapides sur le protocole sanitaire, des syndicats brandissent la carte du droit de retrait. "Si nous en restions là, nous pourrions avoir à utiliser la consigne du droit de retrait. Mais comme cela change toutes les heures... Si on l'utilise, cela se fera d'abord avec le droit d'alerte", lance Stéphane Crochet. Jean-Rémi Girard du Snalc l'assure: "on va continuer à étudier la possibilité de demander le droit de retrait pour les personnels" qui le souhaiteraient.

Les annonces d'Edouard Philippe sur le sujet ont également fait débat au sein de la classe politique. A la tribune de l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon s'est indigné, ne mâchant pas ses mots : "Les enfants doivent-ils aller à l'école le 11 mai ou bien sur la base du volontariat ? Comment peut-on demander aux parents d'évaluer le risque d'exposer leurs enfants au danger ? C'est odieux !" Au micro d'LCP, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, s'est dit "très inquiet." "Je ne mettrai pas mes enfants à l'école le 11 mai, il n'y a pas de garanties, de doctrine claire sur les masques. Nous demandons leur gratuité et leur mise à disposition pour tous", a-t-il fait savoir.

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