Oeufs contaminés : le cri d'alarme d'un bactériologue

Oeufs contaminés : le cri d'alarme d'un bactériologue
Des millions d'oeufs ont été contaminés par le fipronil, une substance toxique utilisée pour éradiquer le pou rouge dans les élevages.

Orange avec AFP, publié le dimanche 13 août 2017 à 09h42

Pour le chef du laboratoire de bactériologie de l'hôpital Bichat de Paris, Antoine Andremont, la crise des oeufs contaminés au fipronil montre qu'"il faut repenser notre modèle d'élevage", un système qui gave les animaux d'antiobiotiques et favorise ainsi l'apparition de "bactéries de plus en plus résistantes".

"Ce système est fragile", explique l'auteur du livre "Antiobiotiques, le naufrage, notre santé en danger" dans le Journal du dimanche (JDD). "Si ce scandale avait concerné une bactérie plus pathogène, avec nos modes de distribution à grande échelle, nous aurions pu nous retrouver face à un scénario beaucoup plus grave", ajoute-t-il, réclamant un débat national sur l'élevage intensif.

"Nous devons nous interroger sur les méthodes des grands groupes agroalimentaires. Même si le risque zéro n'existe pas, il n'est pas normal q'un acte malveillant, comme c'est apparemment le cas dans l'affaire du fipronil, ébranle à lui seul le système", considère-t-il.

"NOUS NE PARVENONS PLUS À CONTRÔLER CERTAINES INFECTIONS"

"Le fipronil, qui est un insecticide, a été utilisé pour lutter contre le pou rouge dans les poulaillers de poules pondeuses", rappelle Antoine Andremont. "La présence de ce parasite, courante dans les élevages où la densité élevée d'animaux favorise la propagation, est un vecteur de maladie et de virus, comme la peste aviaire. Pour lutter contre ces infections, les gros producteurs ont également recours aux antibiotiques de manière quasi systématique. Aujourd'hui, dans certains élevages, on injecte même des doses d'antibiotiques 'in ovo', c'est-à-dire dès l'œuf, en prévention des maladies qui se développent dans ces batteries".



Problème ? "Ces animaux développent du coups des bactéries de plus en plus résistantes pour lesquelles nous n'avons plus d'antiobiotiques efficaces", explique-t-il à l'hebdomadaire. "Les conséquences peuvent être dramatiques (...) Aujourd'hui, chez les personnes très vulnérables, des patients sous chimiothérapie ou en attente de greffe d'organe, par exemple, nous ne parvenons plus à contrôler certaines infections bactériologiques. À terme, c'est tout la médecine moderne qui risque d'être touchée", estime-t-il. "Une étude, publiée en 2013 par quatre laboratoires, montre que 1.500 décès par infection bactérienne pourraient être imputés à la surconsommation d'antibiotiques dans la filière aviaire européenne (...) À long terme, les risques sont catastrophique si rien ne change".

Vendredi, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, s'est efforcé de rassurer l'opinion publique sur l'absence de risques liés au fipronil tout en révélant que des œufs contaminés ont été "mis sur le marché" dès avril. En tout, ce sont officiellement près de 250.000 œufs frelatés qui ont été mis sur le marché en deux temps. Le ministre de l'Agriculture a également annoncé que "tous les produits contenant des œufs issus des élevages contaminés seront retirés du marché dans l'attente de résultats d'analyse" et que ces aliments "seront remis sur le marché en cas de résultat favorable". Aucun produit n'a été pour l'instant pointé du doigt mais les articles à base d'œufs et issus des élevages contaminés sont bien évidemment concernés : il peut s'agir de gâteaux, de brioches ou de pâtes.

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