Octogénaire morte après un tir de lacrymogène à Marseille : l'auteur du tir toujours pas identifié

Octogénaire morte après un tir de lacrymogène à Marseille : l'auteur du tir toujours pas identifié
Heurts entre forces de l'ordre et "Gilets jaunes" lors d'une manifestation, le 8 décembre 2018 à Marseille.

Orange avec AFP-Services, publié le mardi 02 juillet 2019 à 17h50

Sept mois après le décès de l'octogénaire, ses proches déplorent la situation, d'autant qu'une autopsie réalisée par la justice algérienne établit que la blessure causée par le tir est "directement responsable" de sa mort.

Les CRS présents lors du tir de lacrymogène à l'origine de la mort de l'octogénaire Zineb Redouane, en marge de manifestations à Marseille fin 2018, ont assuré devant les enquêteurs ne pas savoir qui d'eux avait tiré, a-t-on appris mardi 2 juillet de source proche du dossier. Sept mois après le décès de l'octogénaire, ses proches déplorent cette situation.

Zineb Redouane est morte à l'hôpital, le 3 décembre 2018, deux jours après avoir été grièvement blessée par une grenade alors qu'elle se trouvait à la fenêtre de son appartement. En bas de son immeuble, de violents incidents avaient éclaté après des manifestations contre l'habitat insalubre, pour le climat, et une autre des "Gilets jaunes".


200 grenades tirées

Fin janvier, les enquêteurs de l'IGPN ont entendu les cinq CRS dotés de lanceurs de grenade qui se trouvaient sur la Canebière, à portée de l'immeuble de la victime, ainsi que le capitaine qui les dirigeait.

Confrontés aux images de vidéosurveillance, les policiers ont tous assuré ne pas pouvoir identifier le tireur, en raison de la distance et de la qualité des images. Trois policiers ont récusé apparaître, dont l'un car il portait une barbe et un autre une cagoule et des lunettes, alors que le CRS n'en a pas sur les images, et deux ne se prononcent ni dans un sens ni dans l'autre.

Au total, ce jour, 200 grenades ont été tirés, a relaté le capitaine au cours de ces auditions, dévoilées par Mediapart mardi et dont l'AFP a eu connaissance. Sur les images, un CRS fait un tir "en cloche", en direction de l'immeuble de Mme Redouane, puis quelques secondes après prend du recul et regarde à plusieurs reprises en hauteur face à lui. 

"Ces policiers, qui n'ont même pas été placés en garde à vue contrairement à l'usage, savent qui a tiré et font preuve d'une mauvaise foi évidente", a déclaré à l'AFP l'un des avocats de la famille Redouane, Me Yassine Bouzrou.

Le numéro de la grenade qui a touché Mme Redouane, retrouvée dans l'appartement, ne permet pas non plus d'identifier le tireur car il s'agit d'une munition "de remplacement", après l'épuisement d'un premier stock, selon ces auditions.

Les fonctionnaires, expérimentés, ont assuré s'être abstenus de tout tir tendu, conformément à la législation. Selon la fille de Zineb Redouane, rapportant des propos de sa mère au téléphone au moment de l'impact, un policier l'aurait au contraire regardée et visée.

De leur côté, les CRS ont insisté sur le climat particulièrement violent, ce soir-là à Marseille : "C'est l'un des maintiens de l'ordre les plus durs que j'ai eu à gérer", explique l'un, tandis qu'un autre se rappelle qu'il n'était "pas sûr (d'en) sortir indemne".

Un vice-procureur, présent sur le terrain le soir du drame, chargé du début de l'enquête

Les proches des victimes attendent désormais le dépaysement des investigations, sur lequel la Cour de cassation doit se prononcer rapidement. En cause, notamment, la présence d'un vice-procureur de Marseille, sur le terrain aux côtés des policiers, le soir du drame. Cette présence a été signalée par les policiers lors de leurs auditions et est donc "connue de l'autorité judiciaire depuis le 25 janvier", a souligné Me Bouzrou. Ce vice-procureur a été chargé du début de l'enquête, et le procureur général n'a accepté d'enclencher le dépaysement de l'enquête qu'en juin, s'indigne-t-il.

Un écueil judiciaire de plus selon l'avocat, qui met en cause "l'impartialité" de la justice marseillaise dans cette affaire sensible, depuis la première enquête, ouverte par le parquet pour "recherche des causes de la mort", jusqu'au traitement de sa plainte pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donnée", déposée au nom de la fille de Mme Redouane pour faire avancer l'enquête.

Les conclusions de l'autopsie algérienne

Mardi, un autre élément s'est ajouté au puzzle : une autopsie réalisée par la justice algérienne, le pays d'origine de Mme Redouane. Ses conclusions, dévoilées par Le Média, établissent que le "traumatisme (facial) est directement responsable de la mort par aggravation de l'état antérieur (...), malgré les soins".

"J'espère que cette expertise va faire bouger les choses", a commenté Brice Grazzini, autre avocat des proches, qui va la faire verser à l'instruction. Selon lui, la première autopsie à Marseille, qui s'abstenait de trancher l'origine du décès de Mme Redouane, faute d'éléments suffisants notamment sur ses antécédents médicaux, témoignait d'un "manque de diligence".

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