Nuit debout : "sit-in pacifique" contre les restrictions de la police

Nuit debout : "sit-in pacifique" contre les restrictions de la police
Depuis le 31 mars, la place de la République est occupée chaque soir par des opposants entre autres à la loi travail.

Orange avec AFP, publié le vendredi 06 mai 2016 à 09h50

Jeudi soir, des centaines de personnes se sont réunis sur la place de la République entre 23h et minuit pour un "sit-in pacifique" en réponse à un arrêté renouvelé de la préfecture de police fixant à 22h l'heure limite de ses activité.

"On est bien après 22h (...), on fait un sit-in, on montre qu'on résiste", a déclaré aux alentours de 23h un participant à l'Assemblée générale ("AG") de "Nuit debout" qui se tient chaque soir depuis plus d'un mois. La petite foule assise par terre, nettement moins nombreuse qu'aux grands jours du début du mouvement, écoutait calmement.

La sono était encore branchée mais son volume très raisonnable. Les forces de l'ordre surveillaient à distance, véhicules garés à proximité, et inspectaient les sacs des usagers du métro empruntant les différentes sorties de la station République.

Plus tôt dans la journée, la préfecture de police de Paris avait pris un nouvel arrêté instituant "différentes mesures d'interdiction en vue d'assurer la sécurité et la tranquillité publiques place de la République", où des incidents ont éclaté à plusieurs reprises jusqu'à dimanche dernier. Pour jeudi soir, cet arrêté stipulait notamment : "les activités liées ou générées par le rassemblement (...) Nuit debout, notamment la diffusion de musiques et de bruits par tous moyens sonores", sont interdites à partir de 22h. Pour vendredi, la limite est fixée à minuit. Les cortèges nocturnes sont eux aussi interdits au départ de la place.


Chaque soir, la police remet ce type d'arrêté, plus ou moins contraignant, à la "logistique" de Nuit debout. Mais des membres du mouvement ont fait savoir jeudi que cette fois ils ne le signeraient pas, "les commissions structurelles" ayant décidé d'"essayer de résister non violemment". D'où le sit-in après l'heure théorique de dispersion.


LA MAIRIE DE PARIS CHERCHE L'ÉQUILIBRE

De son côté, la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, cherche le bon compromis. L'usage de la place de la République doit rester "partagé", avait affirmé la maire de la capitale après l'installation du mouvement. Depuis, l'élue a condamné les violences et les dégradations qui ont éclaté certaines nuits, alors que la grogne se fait jour côté riverains et commerçants pour cause de bruit et de vandalisme. La majorité socialiste parisienne fait actuellement voter en conseil d'arrondissement, comme dans le Xe, des voeux "pour que le droit de manifester puisse s'exercer, mais dans le respect des règles", indique à l'AFP Rémi Féraud, président du groupe PS au Conseil de Paris et maire du Xe arrondissement où se trouve une partie de place de la République.

La Ville a "toujours été sur un équilibre", selon le directeur de cabinet de la maire Mathias Vicherat, "nous avons toujours dit que tout ce qui était lié au débat ne nous posait aucun problème".
Mais "nous sommes fermes sur deux aspects", ajoute-t-il, "la place doit être partagée par tous. Il y a des passants, des skateurs, c'est un lieu de loisir, de mémoire. Le temps du débat doit être également balisé d'autant qu'il y a eu des nuisances et des débordements après minuit". La Ville de Paris, dont le statut est particulier, a un avis mais ne gère pas l'autorisation du droit de manifester, qui est du ressort du préfet de police de Paris. "Nous appuyons le souhait de la préfecture qui souhaite qu'en gros, après minuit, la place puisse être rendue à son usage", a expliqué Mathias Vicherat. "Il faut arriver à concilier l'envie de débattre et le partage de la place dans le temps, et dans l'espace", a ajouté François Vauglin, maire PS du XIe.

DES MÉCONTENTS À GAUCHE COMME À DROITE

Mais pour David Belliard, co-président des écologistes parisiens, qu'il y ait de "nouvelles pratiques politiques et expérimentales sur la place de la République est une bonne chose", dit-il en saluant les "efforts de se réguler" du mouvement avec sa commission 'Sérénité et tranquillité'. "Notre position n'est pas ambiguë. Nous n'avons pas une position qui dit 'oui, mais'", ajoute-t-il en estimant que "d'une certaine manière, le parti socialiste est coincé entre la volonté de préserver 'le calme' sur la place et celle de laisser continuer Nuit Debout". "Nous, nous faisons confiance aux gens", ajoute le responsable du groupe qui proposera dans deux semaines en Conseil de Paris des aides, comme l'installation par exemple de sanitaires sur la place.

Pour le PCF qui s'associe aux écologistes, "n'oublions pas les racines du mouvement: le rejet de la loi travail et la volonté de rêver à changer le monde", dit Nicolas Bonnet-Oulaldj qui dirige le groupe. "La discussion autour de règles doit avoir lieu entre les organisateurs et la maire de Paris", insiste-t-il. "Ils parlent tout le temps de démocratie participative, ils ne la font jamais et tout à coup, quand il y une irruption démocratique et citoyenne, leur obsession est de pouvoir la dissoudre", lance Danielle Simonnet, conseillère de Paris et coordinatrice du Parti de gauche.

A droite, on s'insurge aussi. Il faut "que soit mis un terme à une occupation permanente qui se fait au détriment des autres usagers", affirme Philippe Goujon (LR), député-maire du XVe arrondissement. Le groupe proposera de faire voter un texte demandant également l'indemnisation des commerçants et le dépôt d'une plainte pour dégradations d'équipements publics. "Quelles sont les mesures prises par Anne Hidalgo ? Aucune !", dit-il, "il faut rétablir l'autorité de la République sur la place qui se transforme en zone de non-droit".

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