Nucléaire en Polynésie: Lecornu prépare le terrain avant la venue de Macron

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Le ministre des Outre-mer  Sébastien Lecornu (C), avec le président polynésien Edouard Fritch (G) et le Haut commissaire Dominique Sorain (D) répondent à la presse le 10 mai 2021 à Papeete
Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu (C), avec le président polynésien Edouard Fritch (G) et le Haut commissaire Dominique Sorain (D) répondent à la presse le 10 mai 2021 à Papeete
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© AFP, Suliane FAVENNEC

publié le mardi 11 mai 2021 à 12h06

Le gouvernement souhaite "assumer" l'impact des essais nucléaires en Polynésie française et mieux indemniser les victimes, a déclaré à l'AFP le ministre des outre-mer Sébastien Lecornu, en visite à Papeete pour préparer le terrain avant la venue attendue d'Emmanuel Macron.

"Nous n'avons pas peur de la vérité, au contraire, nous la voulons, et surtout nous souhaitons assumer", a affirmé le ministre lundi (mardi à Paris) à Papeete. Il rencontrait le président polynésien Edouard Fritch et les associations anti-nucléaires, avant la table ronde que doit présider Emmanuel Macron fin juin à Paris, puis sa venue en Polynésie française, attendue début juillet.

Sébastien Lecornu a reconnu que le nombre de personnes indemnisées par la loi Morin, pour avoir contracté des maladies radio-induites, était "particulièrement faible".

La question de l'indemnisation des cancers devrait être au cœur de la table ronde parisienne. Sébastien Lecornu souhaite aller au-delà, en envisageant d'indemniser les atolls les plus touchés par les essais, comme Hao, la base arrière du Centre d'Expérimentations du Pacifique (CEP).

Des conséquences sanitaires aux dégâts environnementaux, les points de friction ne manquent pas autour des 193 essais nucléaires réalisés par la France entre 1966 et 1996, à Moruroa et Fangataufa, deux atolls de l'archipel des Tuamotu. Sébastien Lecornu s'est rendu dimanche à Moruroa, mais sans la presse.

La parution en mars d'une enquête du média d'investigation en ligne Disclose, intitulée "Toxique", selon laquelle la France a sous-estimé, parfois volontairement, les conséquences des essais nucléaires dans le Pacifique, a relancé le débat à Tahiti. Même le président polynésien Edouard Fritch, en bons termes avec la France, a un discours moins policé qu'auparavant. "On n'efface pas d'un revers de main soixante ans de propagande d'Etat, de déni, d'intimidation, de mépris et d'arrogance", a-t-il déclaré lors de cette réunion, avant d'inviter au dialogue.

Le député indépendantiste Moetai Brotherson attend "deux gestes forts" du président de la République: "Le premier, c'est une demande de pardon, qu'on n'a toujours pas eu. Si le président vient en juillet et qu'il ne fait pas ce geste-là, il sera venu pour rien". 

Il souhaite aussi un mécanisme d'indemnisation en lien avec l'environnement. "Il ne faut pas attendre que Moruroa s'effondre pour se poser la question: est-ce qu'on aurait dû, est-ce qu'on aurait pu ?", dit-il.

Adversaire historique des essais nucléaires, son parti, présidé par l'indépendantiste Oscar Temaru, a décliné l'invitation et ne compte pas se rendre à Paris. Ce parti souhaitait que la table ronde ait lieu en Polynésie et demandait l'arbitrage des Nations unies.

L'une des principales associations de vétérans du CEP, Moruroa e tatou, a aussi refusé de se rendre à Paris. "Ce n'est qu'une opération électorale", a estimé son président, Hiro Tefaarere.

D'autres représentants des victimes ont cependant indiqué qu'ils participeraient à cette table ronde, coordonnée par un préfet, Alain Rousseau, et par un représentant de la Polynésie française, l'entrepreneur Joël Allain.

La table ronde devrait aussi aborder la question du Centre de Mémoire des essais nucléaires, une promesse de François Hollande, alors président, lors de son déplacement à Papeete en 2016, dont la première pierre n'a toujours pas été posée.

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