"Nous ne sommes pas une citadelle", plaide le nouveau chef du Grand Orient de France

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Georges Serignac, nouveau grand maître du Grand Orient de France, le 18 janvier 2021 à Paris
Georges Serignac, nouveau grand maître du Grand Orient de France, le 18 janvier 2021 à Paris
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© AFP, ALAIN JOCARD

, publié le mardi 19 janvier 2021 à 10h25

Georges Serignac, élu samedi à la tête du Grand Orient de France (GODF), plaide dans un entretien à l'AFP pour une "ouverture sur l'extérieur" de la principale obédience maçonnique de France, dans un moment charnière de crise sanitaire et d'élaboration d'un "monde d'après". 

"Nous ne sommes pas secrets, nous sommes discrets". Ce vétérinaire, Parisien de 67 ans, sera pour la durée de son mandat d'un an l'une des "seules personnalité visibles" de cette organisation, qui suscite de nombreux fantasmes et dont les membres ne sont pas censés révéler leur appartenance. 

"Nous ne sommes pas un parti politique, ni un syndicat, encore moins une Eglise, nous nous mobilisons avec nos moyens à nous, principalement intellectuels", complète le nouveau "Grand Maître".

Sa priorité : "reprendre le travail", ou plutôt "les travaux", ces discussions sociétales et philosophiques au coeur, au même titre que les rituels, des réunions bimensuelles des francs-maçons, qui ont été fortement perturbées par la crise sanitaire.

"Le contact physique est absolument essentiel en maçonnerie, c'est ce qui permet d'une manière mystérieuse, même pour nous, de construire une pensée collective dans laquelle se mêle la dimension initiatique et intellectuelle, que nous appelons +spéculative+", explique-t-il depuis son nouveau bureau au siège du GODF, rue Cadet dans le IXe arrondissement de Paris, un immense complexe de six étages qui comporte une quarantaine de "temples". 

"Nos +tenues+ (réunions) maçonniques ne peuvent pas se faire autrement, on ne peut pas les remplacer par le dématérialisé, pour nous c'est impossible du fait des rituels", ajoute-t-il, tout en disant "accepter" la nécessité des restrictions sanitaires.

Cette inédite année "en pointillés" s'est conclue pour le GODF par la publication, à l'initiative du précédent Grand Maître Jean-Philippe Hubsch, d'un livre blanc, intitulé "Après". Cette rare synthèse publique des travaux de près de 1.500 loges de l'obédience, qui revendique quelque 52.800 membres à travers la France, propose des pistes de réflexion sur la société d'après la crise sanitaire. Et elle égratigne, dans certains passages, le gouvernement.

- "L'esprit de 1905" -

"Ce que nous dénoncions auparavant sur la gestion des systèmes de santé prend maintenant une toute autre dimension et nous allons combattre pour améliorer cela", préfère tempérer le nouveau patron du GODF, sur le fil entre un attachement à l'"esprit critique" propre à l'organisation et sa spécificité "légitimiste", donc qui reste neutre sur la "légitimité des actions de tout gouvernement". 

"La solidarité doit occuper une place plus importante dans la parole publique et dans les lois", notamment "via la mise en place du revenu minimum universel, que pousse le Grand-Orient depuis des décennies", ajoute M. Serignac.

Sur le plan de la laïcité, l'un des thèmes centraux de la franc-maçonnerie libérale en France, le Grand Maître souhaite, dans la foulée d'une première audition du GODF sur le projet de loi séparatisme à l'Assemblée nationale, être plus "écouté par les pouvoirs politiques, qui contrairement à ce que l'on croit, nous écoutent relativement peu". 

"Nous défendons sur la laïcité une position médiane, celle de l'esprit de 1905 qui garantit et organise la liberté de culte, mais contre les adversaires de cette laïcité, nous le reconnaissons, nous sommes des jusqu'au-boutistes car sans laïcité, ce n'est plus le mode de vie que nous connaissons, c'est la fin de l'égalité et de la liberté", martèle-t-il.

Alors que les voix se multiplient, notamment dans ce livre blanc, pour que les francs-maçons s'engagent "enfin concrètement en menant des actions pour l'instauration d'une société plus juste", Georges Serignac pousse lui aussi pour une approche plus ouverte. 

"Nous sommes dans une continuité d'une certaine tradition mais nous devons être ouverts à l'extérieur, ne pas nous considérer comme une citadelle à laquelle seuls certains pourraient accéder, au contraire".

Sa volonté d'ouverture est aussi renforcée par cette période propice à la flambée des théories complotistes, dont le "complot judéo-maçonnique est un grand must". "Nous sommes très vigilants", dit-il sans toutefois noter une recrudescence significative des actes et propos "anti-maçonniques" en France.

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