Notre-Dame: un mois après l'incendie, controverse sur les dons

Notre-Dame: un mois après l'incendie, controverse sur les dons
Le ministre de la culture Franck Riester, le Premier ministre canadien Justin Trudeau et le recteur de Notre-Dame Patrick Chauvet après une visite de la cathédrale le 15 mai 2019

AFP, publié le mercredi 15 mai 2019 à 18h56

Trop d'argent ou pas assez pour Notre-Dame? Un mois après l'incendie qui a en partie détruit l'emblématique cathédrale, la controverse s'amplifie sur les dons nécessaires alors que les travaux de sécurisation sont loin d'être achevés et que leur chiffrage apparaît prématuré.

"Même si les promesses de dons sont aujourd'hui de 850 millions d'euros, il est beaucoup trop tôt pour conclure que nous avons suffisamment d'argent, ou trop d'argent, pour restaurer Notre-Dame", a estimé mercredi, sur le parvis, le ministre de la Culture Franck Riester, après avoir visité l'intérieur avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau, lequel en a profité pour proposer l'acier et le bois d'oeuvre canadiens pour la reconstruction du joyau de l'art gothique.

Selon M. Riester, il y aura forcément une "différence" "entre les promesses de dons et le versement réel". Donc, a-t-il ajouté, arrêter la souscription nationale comme a décidé de le faire "unilatéralement" la Fondation du Patrimoine (FDP) est erroné: "La souscription nationale continue", avec les trois autres organismes sélectionnés pour récolter les dons.

Jugeant que Notre-Dame avait reçu des fonds suffisants, la FDP a fait cavalier seul. Elle a décidé de profiter de l'élan pour lancer une nouvelle souscription sous le nom de "Plus jamais ça": les "petites Notre-Dame en danger immédiat bénéficieront du fonds d'urgence", a-t-elle assuré.

- Profiter de l'élan -

L'afflux des donateurs vers Notre-Dame suscite des frustrations: petit patrimoine en péril, dont des centaines d'églises, 86 autres cathédrales et des églises parisiennes en très mauvais état, doivent aussi profiter des collectes, ont plaidé plusieurs associations de défense du patrimoine. Au vu des promesses annoncées pour Notre-Dame, elles ont calculé que 200 à 300 millions d'euros pourraient être dirigées vers d'autres bénéficiaires.   

Franck Riester a toutefois répété que l'intégralité des sommes versées devait aller à Notre-Dame.

Ce qui rassure l'archevêché: la "majeure partie des dons" pour la reconstruction "n'ont pas été concrétisés et "le fameux +milliard+ n'est consolidé par aucune autorité", a-t-il averti, contestant ce chiffre lancé dans les médias face à l'afflux de promesses de dons.

Les coûts prévisibles pourraient être considérables.

Un mois après le sinistre, la phase de sécurisation, notamment de la voûte, prendra encore plusieurs semaines. Tout chiffrage exact des coûts reste donc impossible tant qu'un diagnostic complet n'est pas établi, selon M. Riester. 

Des robots continuent de retirer les gravats qui sont ensuite analysés par la police, mais aucune conclusion n'est possible sur les causes de l'accident. 

Le Canard Enchaîné avait fait état de possibles dysfonctionnements dans le dispositif d'alerte le soir de l'incendie et affirmé que des fils électriques avaient pu être mal installés dans le passé. 

- Anciens et modernes -

M. Riester a par ailleurs défendu le projet de loi controversé dédié à la restauration, adopté par l'Assemblée Nationale et qui doit passer au Sénat, par deux nécessités: celle d'un "dispositif fiscal spécifique" pour le dégrèvement des dons des particuliers, et celle d'aller vite dans les procédures administratives, afin de tenir le délai de cinq ans fixé par le président Emmanuel Macron.   

Parmi les dépenses nécessaires, a-t-il noté, doivent être aussi pris en compte les frais du diocèse en termes d'organisation et d'accueil. Sont notamment à l'étude, pour les pèlerins et les touristes, des lieux d'accueil et une cathédrale éphémère.

La querelle des anciens et des modernes sur la restauration de la flèche se poursuit dans les médias. Quelques uns, minoritaires, voudraient une restauration à l'identique, d'autres, majoritaires, une restauration fidèle à l'esprit des bâtisseurs mais en utilisant des moyens modernes, d'autres encore un geste architectural audacieux. 

Le recteur de la cathédrale, Mgr Patrick Chauvet, s'est prononcé pour une reconstruction fidèle de la flèche mais qui ne serait pas forcément une copie de l'ancienne: "on n'est pas obligé de faire comme Viollet-le-Duc", l'architecte qui, au XIXe siècle, avait conçu la flèche, a-t-il dit à des journalistes.

La basilique retrouvera bientôt sa destination première: l'archevêque, Mgr Michel Aupetit, "célébrera une messe dans la cathédrale" dès que possible, a annoncé le diocèse, mais "pour des raisons de sécurité évidentes, le public ne pourra s'y associer qu'en intention".

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