"Nos années folles" : l'affiche du film censurée à Senlis

"Nos années folles" : l'affiche du film censurée à Senlis
Capture d'écran du compte Facebook Cinéma Senlis

Orange avec AFP, publié le vendredi 22 septembre 2017 à 21h46

CINÉMA. Après les plaintes de parents d'élèves d'une école catholique, le Jeanne d'Arc a été contraint de retirer l'affiche du dernier film d'André Téchiné.

Pour la responsable d'exploitation de la salle, c'est le travestissement de l'acteur sur l'affiche qui est en cause.

Mardi dernier, comme chaque semaine, le petit cinéma associatif de Senlis (Oise), Le Jeanne d'Arc, a changé l'affiche pour mettre en avant les films de la semaine. Cette semaine, c'est "Nos années folles" qui a eu cet honneur. Le film d'André Téchiné raconte l'histoire d'un déserteur français de la Première Guerre mondiale qui, pour éviter d'être pris, se fait passer pour une femme. L'affiche montre ainsi les deux personnages principaux nus et enlacés, cadrés au niveau des fesses de l'actrice Céline Salette. L'acteur Pierre Deladonchamps y apparaît les cheveux plaqués en arrière, le visage maquillé.



Mais c'était sans compter la grogne des parents d'élève de l'école catholique privée Notre-Dame du Sacré-Cœur, rapportent vendredi 22 septembre l'Express et Le Parisien. "Nous avons reçu des coups de téléphone jeudi de la part de parents d'élèves de l'école pour nous demander de retirer l'affiche, explique dans les colonnes du quotidien la responsable d'exploitation Marielke Fleury. Nous avons évidemment refusé, nous ne voulions pas céder à cette censure. De plus, cette image n'a provoqué aucune polémique ailleurs, ni créé de débat. Nous n'avions aucune raison de le faire."

La mairie aussi aurait été contactée pour procéder au retrait de l'affiche, selon L'Express. "Nous ne sommes pas un cinéma municipal, la mairie a dit qu'elle n'avait pas à intervenir", affirme la responsable d'exploitation.

LE TRAVESTISSEMENT DE L'ACTEUR EN CAUSE ?

Le président de l'Organisme de gestion des écoles paroissiales de Senlis (Ogeps), Alain de Beauvais, a même envoyé un mail, consulté par l'Express, à destination du président du Conseil d'administration de la salle, Dominique David. "Je me permets ce mail pour vous informer qu'un groupe de parents de l'école est heurté par la présence de l'affiche du film 'Les années folles' (sic) sur le panneau accroché au mur de l'école au niveau du rond-point."

Au Parisien, Alain de Beauvais assure avoir seulement joué "un rôle de médiateur". "Nous avons simplement voulu relayer au président du cinéma les retours de parents. Ils estimaient que l'emplacement de cette affiche, devant laquelle de nombreux enfants en bas âge passent, n'était pas adapté ", précise-t-il. Inadaptée pour quelle raison ? "Je ne sais pas...", élude-t-il. Pour Marilke Fleury, c'est le travestissement de l'acteur qui pose problème.

Quelles que soient les raisons, le président du conseil d'administration a demandé le retrait des affiches, "afin de conserver la bonne entente dans le voisinage", a-t-il expliqué à Marielke Fleury. Cette dernière a refusé de le faire, jusqu'à ce qu'un membre du conseil de l'administration s'en charge lui-même. La responsable d'exploitation a donc décidé d'inscrire "Affiche censurée par l'école Notre-Dame". Une affiche postée ensuite sur le compte Facebook du cinéma.



D'OÙ VIENT LA PRESSION ?

Pourtant, le directeur de l'école a envoyé un mail aux parents d'élèves pour assurer que s'il pouvait comprendre que l'affiche "ait pu choquer certains parents", la demande ne venait en aucun cas de lui, rapporte l'Express. "Pour votre juste information, il s'agit d'un espace public et la direction de l'école Notre-Dame n'a pas demandé la 'censure' ou le 'retrait' de cette affiche", explique-t-il.

L'hebdomadaire souligne que la pression aurait pu venir du conseil d'administration du cinéma lui-même. "Je vous rappelle que si pour profiter du fait que le mercredi n'est plus travaillé, nous voulons pousser les séances de mardi après midi auprès des écoles, il n'est pas très malin de se disputer avec les parents d'élèves de l'École propriétaire de notre salle", aurait écrit l'un des membres.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.