Normandie : un village de 350 âmes s'oppose à Elon Musk

Normandie : un village de 350 âmes s'oppose à Elon Musk
Un village normand (illustration).
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, publié le jeudi 18 février 2021 à 17h00

La commune de Saint-Senier-de-Beuvron ne veut pas des antennes relais que le milliardaire américain souhaite implanter dans un des champs du village pour son projet d'internet par satellite.

"On n'est pas des technophobes. J'ai un site internet, mon mari télétravaille." Pour autant, comme de nombreux habitants du petit village de Saint-Senier-de-Beuvron en Normandie, cette guide touristique de 40 ans s'oppose "clairement" à un projet d'envergure mondiale d'Elon Musk.

Dans le cadre de ce projet, baptisé Starlink, le dirigeant de Tesla et de SpaceX souhaiterait implanter, dans l'un des champs de la commune normande, neuf dômes, c'est-à-dire des antennes de 3 mètres de haut, qui doivent fournir internet à partir des satellites privés que le milliardaire américain est en train de mettre en orbite. 



Mais "par principe de précaution, le conseil municipal a dit non, lors d'une réunion sans vote", explique Noémie Brault, 34 ans, première adjointe de cette commune normande de 350 habitants, située à 18 km à vol d'oiseau du Mont-Saint-Michel. "Ce projet est tout nouveau. On n'a aucun recul par rapport" à son impact sanitaire, souligne-t-elle. "Cela nous inquiète parce qu'on n'a aucune donnée" sur les conséquences éventuelles "sur la santé humaine ou celle des animaux. On est une commune avec pas mal d'agriculteurs", poursuit l'élue, elle-même éleveuse. Et "quand on voit qu'Elon Musk veut implanter des puces dans les cerveaux des gens, ça fait peur", lâche-t-elle.

En France, Starlink a fait des demandes pour quatre stations de ce type. L'Agence nationale des fréquences (ANFR) en a autorisé trois à Saint-Senier, Villenave d'Ornon (Gironde) et Gravelines (Nord). Selon l'ANFR, ces stations de communication n'émettent que vers le ciel et ne présentent pas de risque pour la population. Il en existe une centaine en France depuis la création des satellites il y a 50 ans.

Saint-Senier est la seule à s'opposer au projet Starlink. La mairie a pris le 7 décembre un "arrêté d'opposition" à la demande de construction de ces dômes. Cette "déclaration préalable" émane de la société Sipartech, sous-traitant de SpaceX selon la mairie. Interrogé par l'AFP, Sipartech a indiqué qu'elle allait refaire une demande. Elle ne confirme ni n'infirme travailler pour SpaceX.

Un projet "inutile" dans un village déjà "connecté"

"Les risques des champs électromagnétiques, nous les constatons déjà avec les lignes à très haute tension (THT) qui perturbent beaucoup d'élevages dans cette zone", renchérit le conseiller régional EELV François Dufour. Ce paysan à la retraite souligne sa "grande inquiétude" face à ce projet "inutile". Le lien de causalité entre ces champs magnétiques et les maladies de vaches fait débat. Plusieurs procédures sont en cours. 

"Les réseaux sociaux, internet, ça existe déjà, pourquoi aller le chercher sur la lune", ajoute ce natif de Saint-Senier. Producteur de lait dont les vaches paissent autour du champ convoité par Elon Musk, Jean-Marc Belloir, 57 ans confirme. "A la ferme, on est connecté tout le temps. Mes vaches sont connectées. Ma montre connectée m'avertit quand elles vêlent. Mais quand on voit le rayonnement de ces antennes, il faudrait quand même faire des études" d'impact, estime l'éleveur. Jean-Marc Belloir redoute "une baisse de la production de lait", comme les THT sont accusées d'en entraîner. Cela n'a pas empêché l'agriculteur de baptiser avec humour un veau né mardi "SpaceX du Beuvron", du nom de la rivière qui traverse paisiblement le village.

Installée depuis 15 ans avec son mari et ses enfants de 10 et 12 ans à 60 mètres du terrain qui intéresse Starlink dans une "ruine qu'on a entièrement retapée", Anne-Marie Falguières, 40 ans est "clairement contre" le projet. "On ne s'attaque pas à Elon Musk. On n'est pas des technophobes. Je suis guide dans la baie, j'ai un site internet. Mon mari télétravaille. Mais ces antennes c'est complètement nouveau en tout cas en France. On veut savoir s'il y a danger ou pas", explique-t-elle. Elle inquiète également de l'impact visuel.

Le projet Starlink qui promet la disparition des zones blanches ne lui parait "pas indispensable". "Lors des opérations tests, il fallait acheter une parabole à 500 dollars et payer cent dollars par mois d'abonnement. Je pense pas que tout le monde puisse se payer" cela, souligne-t-elle. L'ANFR a promis des mesures d'impact.
 

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