Noëlla Rouget, une résistante au grand coeur, est morte centenaire

Noëlla Rouget, une résistante au grand coeur, est morte centenaire©Panoramic

, publié le dimanche 22 novembre 2020 à 19h00

Noëlla Rouget, une résistante au nazisme déportée, est décédée dimanche 22 novembre à 100 ans. Elle avait fait gracier l'homme responsable de la mort de son fiancé.

Après Pierre Simonet et Daniel Cordier, un nouveau témoin des horreurs de la Seconde Guerre mondiale s'en est allé.

Comme l'annonce notamment le Mémorial de Caen sur Twitter, Noëlla Rouget est décédée ce dimanche à 100 ans à Genève (Suisse).




Catholique née le jour de Noël dans le Maine-et-Loire, elle est institutrice quand elle entre dans la Résistance. C'est alors qu'elle allait se marier que son fiancé, lui aussi résistant, est arrêté le 7 juin 1943. Son tour viendra le 21 juin. Derrière ces arrestations se cache un collaborateur français zélé, Jacques Vasseur. Il est responsable de centaines d'arrestations, de déportations et de 230 morts, dont celle du fiancé de Noëlla Rouget torturé et fusillé fin 1943. Elle sera déportée au camp de Ravensbrück début 1944. Elle y survit durant 14 mois et se liera d'amitié avec plusieurs déportées, parmi lesquelles Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion ou encore la sœur de Simone Veil.

Le 5 avril 1945, Noëlla Rouget fait partie des 299 premières femmes françaises libérées en échange de 464 internés civils allemands. Quand elle parvient à Paris le 14 avril, elle pèse 32 kilos, souffre d'œdèmes tuberculeux et n'a plus de maison. Elle part en convalescence en Suisse, s'y mariera en 1947 et s'installera à Genève.


Discrète sur sa déportation, son souvenir est ravivé en 1965 quand a lieu le procès de Jacques Vasseur. Il a été découvert en 1962 près de Lille dans le grenier de sa mère où il se cachait depuis 1945. Pendant son procès, les survivants l'accablent et il est condamné à la guillotine. Contre la peine de mort, Noëlla Rouget parvient en 1966 à obtenir sa grâce en suppliant le général de Gaulle. A ses camarades résistants qui ne comprennent pas son attitude, elle a écrit : "De quel droit juger un homme si, placés aujourd'hui à notre tour en position de force, nous nous comportons comme il le fit hier".

La peine de Jacques Vasseur est commuée en détention à perpétuité, puis ramenée à 20 ans de prison par Georges Pompidou. Durant sa détention, il entretient une correspondance avec Noëlla Rouget, qu'il avait arrêtée et torturée, sans cependant jamais exprimer de remords. Libre en juin 1984, il part vivre en Allemagne chez son épouse où il mourra en 2009. Une fois libéré, il ne donnera plus de signe de vie à Noëlla Rouget, dont le geste en sa faveur restera dans l'histoire.

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