Nice : un agriculteur jugé pour avoir aidé des migrants

Nice : un agriculteur jugé pour avoir aidé des migrants
L'agriculteur et militant associatif Cédric Herrou, devant le Palais de justice de Nice le 23 novembre 2016.

Orange avec AFP, publié le mercredi 04 janvier 2017 à 13h40

Un agriculteur comparaît ce mercredi 4 janvier devant le tribunal correctionnel de Nice (Alpes-Maritimes). Comme d'autres habitants de la vallée de la Roya, on lui reproche d'avoir aidé des dizaines - si ce n'est des centaines - de "réfugiés" en leur faisant passer la frontière franco-italienne ou en les hébergeant.

Interpellé une première fois en août 2016 avec huit Érythréens dans son véhicule, il avait bénéficié d'une immunité "humanitaire". Il encourt cette fois jusqu'à cinq ans de prison et 30.000 euros d'amende.

Cédric Herrou, 37 ans, est devenu un symbole de l'aide aux migrants. Cet oléiculteur habite une maison à flanc de montagne à l'entrée du village de Breil-sur-Roya. Depuis la mi-octobre, il est sous strict contrôle judiciaire après l'installation sans autorisation d'une cinquantaine d'Érythréens dans un centre de vacances SNCF désaffecté à Saint-Dalmas-de-Tende. Ce camp de transit illégal avait été démantelé par les forces de l'ordre au bout de trois jours. Déjà convoqué en novembre, il avait demandé un délai pour préparer sa défense.

"POINTER LES CARENCES DE L'ÉTAT"

"Ce que je fais n'est pas un sacrifice, c'est un honneur", a expliqué à l'AFP le militant associatif avant le début de son procès. "Notre rôle, c'est d'aider les gens à surmonter les dangers, et le danger, c'est cette frontière qui a été établie au nom du terrorisme". "Si on est obligé de se mettre en infraction pour soutenir les gens, allons-y !", explique-t-il. "Ce qui se passe est grave : on fait des camps avec des Noirs dedans, la police arrête des Noirs, la police arrête des enfants et les reconduit à la frontière".



"Si un procureur s'intéresse à ce que je fais, c'est tant mieux", a-t-il également déclaré à 20 Minutes. "Ce procès, j'espère qu'il servira de tribune pour pointer les carences de l'État". "Il faudrait fermer les yeux et continuer à voir des gamins mourir sur l'autoroute ?", interroge celui vend ses œufs et ses olives sur les marchés et assure ne s'être jamais fait rémunérer pour son aide. Et d'ajouter sur France Info : "J'ai envie de demander au procureur ce que j'ai fait de mal. Je veux bien être jugé, mais j'ai envie que les pouvoirs publics soient eux aussi jugés (...) Je préfère être enfermé avec la tête libre que de mettre des œillères, comme monsieur Tout-le-monde".

"La réponse à un péril immédiat est différente d'une aide générique apportée à des gens considérés comme mal accueillis. Il y a une inspiration humanitaire, mais ce ne sont pas des situations particulières", a expliqué le procureur de la République de Nice. Le cas de Cédric Herrou et d'autres habitants de la vallée a suscité un vaste soutien populaire sur les réseaux sociaux. Lors de son précédent passage devant le juge, plusieurs centaines de personnes et des politiques - comme l'ancienne ministre EELV Cécile Duflot - étaient également venues le soutenir. Quelques dizaines de personnes étaient rassemblées mercredi en fin de matinée devant le palais de justice. Certaines portaient des banderoles "Les frontières sont les cicatrices de la Terre" ou "Tous solidaires".


Le 23 novembre, six mois de prison avec sursis ont déjà été requis à Nice contre un enseignant-chercheur du CNRS poursuivi pour avoir convoyé des Érythréennes venues d'Italie. Le jugement a été mis en délibéré au 6 janvier.

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