Nice : l'application "alerte attentat" a dû être redémarrée le soir de l'attaque

Nice : l'application "alerte attentat" a dû être redémarrée le soir de l'attaque
L'application SAIP a été développée en à peine deux mois

Orange avec AFP, publié le jeudi 21 juillet 2016 à 20h20

- Elle était prévue pour prévenir la population d'une attaque terroriste en 15 minutes maximum. Le soir de la course meurtrière de Mohamed Lahouaiej Bouhlel sur la Promenade des Anglais, l'application SAIP (Système d'alerte et d'information des populations) n'a pu envoyer ses premières notifications qu'à 1h34, soit près de 3 heures après le drame.

Les responsables de Deveryware, l'entreprise prestataire de l'application, avaient ensuite été invités par le ministère de l'Intérieur à "rendre compte des dysfonctionnements constatés". -

Ce jeudi, Le Monde révèle qu'une combinaison de choix effectués à la hâte, de dysfonctionnements et de communication entre services est à l'origine du couac. Le développement de l'application s'est fait dans des délais plus que serrés : deux mois pour lancer un système d'alerte, avec comme date butoir le 8 juin, soit 2 jours avant le début de l'Euro 2016. Grâce à la mobilisation d'une quinzaine d'ingénieurs, le projet a vu le jour dans les temps. "Ils ont fait un travail remarquable dans un délai très court" explique le directeur adjoint en charge du numérique au Service d'information du gouvernement.

L'APPLICATION FONCTIONNAIT "SANS FILET"

Le manque de temps a cependant contraint les équipes de développement à faire l'impasse sur la création d'une "solution de redondance", qui consiste en la duplication du dispositif sur d'autres serveurs afin d'assurer le bon fonctionnement de l'application en cas de panne de l'un d'entre eux. Comme le rapporte Le Monde, ce choix est à l'origine du premier problème de taille : l'hébergeur du dispositif (la société Numergy, détenue par SFR) n'a pas été informé de l'absence de "plan B" en cas de dysfonctionnement. L'application SAIP fonctionnait dès lors "sans filet", avec aucune solution de repli en cas d'accroc. Cet accroc arrive le 13 juillet : un câble de fibre optique est alors sectionné pendant des travaux, entraînant une panne du serveur, et par conséquent, de l'application.


SFR se défend de toute responsabilité de cette panne dans le dysfonctionnement observé le soir de l'attentat : "L'indisponibilité de la plateforme d'hébergement concernée date du 13 juillet. Elle fonctionnait parfaitement le 14 juillet. Il n'y a donc aucun lien avec les dysfonctionnements de l'application SAIP" avance-ton du côté de l'entreprise de télécommunications.

Une fois la panne détectée, les employés de Deveryware règlent le problème et relancent leur propre système. Après ce redémarrage survient alors un 2e dysfonctionnement : une erreur d'affichage indique à tort que l'application SAIP est à nouveau opérationnelle. Les techniciens pensent donc pouvoir compter sur un système en état de marche jusqu'au soir de l'attentat de Nice, où ils doivent lancer l'alerte, sans succès. Un deuxième redémarrage est alors effectué à la hâte. Entre-temps s'écoulent de longues dizaines de minutes.

Du côté du gouvernement, "le diagnostic est assez clair" . "Il y a eu un problème dans la relation entre l'hébergeur et Deveryware. Les personnes avec qui ils travaillent, c'est leur problème à eux, c'est leur responsabilité entière" explique t-on. La réponse apportée après ce couac n'a pas tardé : l'application devrait être maintenant dotée de plusieurs serveurs, afin d'éviter que le même scénario ne se répète.

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