Neutralité carbone de la France : le nucléaire moins cher, les renouvelables indispensables, selon le rapport de RTE

Neutralité carbone de la France : le nucléaire moins cher, les renouvelables indispensables, selon le rapport de RTE
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publié le lundi 25 octobre 2021 à 11h33

Si le rapport de RTE souligne l'avantage compétitif du nucléaire en terme de coût financier, il insiste sur un point central : la neutralité carbone n'est pas possible sans un développement massif des énergies renouvelables.

Il y a d'abord un constat : si elle veut réduire son empreint carbone, la France consommera plus d'électricité en 2050 qu'elle n'en consomme aujourd'hui. Le rapport du gestionnaire du réseau électrique français RTE explore lundi 25 octobre les pistes pour un avenir électrique neutre en carbone d'ici à 2050, alors même que la question énergétique a fait une entrée fracassante dans la campagne présidentielle.

Être neutre en carbone en 2050 se traduira par une électrification massive des usages - transport, chauffage ou industrie- au détriment du pétrole et du gaz naturel. Même si la consommation totale d'énergie doit baisser, la France consommera donc plus d'électricité en 2050 qu'aujourd'hui, y compris dans le scénario le plus "sobre".

Et pour faire face à cette demande supplémentaire, sans faire exploser la facture et le bilan carbone, la meilleure solution reste l'énergie nucléaire, tranche l'épais rapport, lancé en 2019 et d'une ampleur inédite en France et en Europe.

Selon RTR, l'atome, du strict point de vue économique, reste une voie moins chère que de compter sur les seules énergies renouvelables.


La publication intervient à l'heure où l'avenir énergétique de la France agite la pré-campagne présidentielle de 2022, certains candidats prônant une sortie plus ou moins rapide du nucléaire (écologistes ou gauche radicale par exemple) tandis que d'autres (notamment à droite mais aussi au parti communiste) sont favorables à cette énergie. Le président Emmanuel Macron, favorable au nucléaire, réserve pour l'instant sa décision sur le lancement de six nouveaux EPR, ce réacteur de nouvelle génération dont le premier exemplaire doit enfin démarrer l'an prochain à Flamanville en Normandie (nord-ouest).

"La France doit simultanément faire face à deux défis: d'une part produire plus d'électricité en remplacement du pétrole et du gaz fossile et, d'autre part renouveler les moyens de production nucléaire qui vont progressivement atteindre leur limite d'exploitation d'ici 2060", résume Xavier Piechaczyk, président de RTE. Le parc nucléaire français, construit dans les années 1970 à 90, vieillit en effet et deviendra progressivement obsolète sur les décennies à venir.

Pour "éclairer le débat public" et probablement inspirer les programmes de certains candidats à la présidentielle, RTE a étudié six scénarios pour le futur énergétique de la France. Ils vont d'une piste qui mise à 100% sur les énergies renouvelables, à un développement "volontariste" du nucléaire avec la construction de 14 EPR ainsi que des petits réacteurs.

"Tous ces chemins sont possibles même si certains sont plus difficiles ou incertains", juge Xavier Piechaczyk. Et si ces scénarios avaient déjà été analysé au spectre technologique, leur dimension économique, environnementale et sociétale a cette fois été étudiée. RTE ne prend pas partie pour une option plutôt qu'une autre mais présente "leurs avantages, leurs inconvénients, leurs impacts et leurs conséquences", souligne Xavier Piechaczyk.

"Atteindre la neutralité carbone est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables", soulignent une nouvelle fois les auteurs. Ainsi, même le scénario de développement le plus massif du nucléaire ne pourra pas se faire sans un essor important des renouvelables, avec une capacité solaire multipliée par 7 et l'éolien terrestre multiplié par 2,5.

Le nucléaire "plus compétitif"

Mais du point de vue économique, selon le rapport, "construire de nouveaux réacteurs nucléaires est pertinent". En effet, même si les coûts des renouvelables ont fortement baissé, le solaire ou l'éolien nécessitent des investissements plus importants pour les réseaux électriques (car ils sont plus éparpillés) et pour la flexibilité (car ils ne produisent pas en permanence), avec le besoin par exemple de plus de stockage et de centrales thermiques d'appoint à hydrogène ou biométhane.

Donc "les scénarios comprenant de nouveaux réacteurs nucléaires apparaissent plus compétitifs". L'écart est de l'ordre de 10 milliards d'euros par an entre un scénario avec de nouveaux réacteurs nucléaires (14 EPR) et un autre sans, posant le postulat du développement de grands parcs renouvelables. 

Le fossé se creuse même à quelque 20 milliards par an si l'on compare cette option nucléaire à une autre faisant le pari d'un développement "diffus" des renouvelables, avec notamment un fort recours au solaire installé sur les toitures.

En plein débat sur le pouvoir d'achat, RTE conclut également que "le système électrique de la neutralité carbone peut être atteint à un coût maîtrisable". Il se traduirait en effet par une augmentation des coûts de l'électricité (de l'ordre de 15%) mais avec en contrepartie la fin des dépenses en énergies fossiles pour faire le plein de la voiture ou remplir la cuve à fioul.

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