Naufrage meurtrier de migrants dans la Manche: un suspect présenté à un juge d'instruction

Naufrage meurtrier de migrants dans la Manche: un suspect présenté à un juge d'instruction
Des policiers au port de Dunkerque après le naufrage d'un bateau en route vers les côtes anglaises, le 27 octobre 2020

, publié le vendredi 30 octobre 2020 à 12h59

Un ressortissant Iranien a été déféré vendredi devant un juge d'instruction en vue de sa mise en examen pour homicides involontaires aggravés, suspecté d'avoir piloté le bateau de migrants qui a sombré mardi dans la Manche, faisant quatre morts et trois disparus, a annoncé le procureur de Dunkerque.

Cet homme, né en Iran en 1983, "a été identifié comme le conducteur du navire", a indiqué à l'AFP le procureur Sébastien Piève

Il est présenté au juge en vue de sa mise en examen "pour sept homicides involontaires, aggravés par la violation délibérée d'une obligation particulière de prudence ou de sécurité", mais aussi pour "mise en danger de la vie d'autrui" concernant les autres passagers, dont "13 ont pu être entendus par les enquêteurs et ont été reconnus comme victimes".

L'homme pourrait également être mis en examen pour "blessures involontaires" concernant le dernier rescapé qui se trouve actuellement à l'hôpital et dont l'état n'est "pas encore stabilisé", selon le magistrat. 

Le parquet a enfin requis sa mise en examen pour "aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'étrangers" en bande organisée, et son placement en détention provisoire.


Confronté en garde à vue aux déclarations concordantes des autres passagers, le mis en cause a reconnu avoir conduit le bateau, mais "a grandement minimisé sa responsabilité, se présentant comme un simple migrant, alors qu'il est décrit par les autres comme étant proche des passeurs", a poursuivi le procureur.

L'homme "est par ailleurs le seul rescapé à parler le farsi (langue majoritaire en Iran), et il n'a pas les mêmes explications, pourtant concordantes et cohérentes, que les autres passagers", pour l'essentiel des Kurdes iraniens et irakiens, sur les faits, a-t-il ajouté.

L'information judiciaire, également ouverte pour "association de malfaiteurs", doit permettre de déterminer son degré d'implication mais aussi de "mettre en cause et interpeller des passeurs". 

Le naufrage a coûté la vie à quatre membres d'une famille kurde iranienne originaire de Sardasht, dans l'ouest de l'Iran, dont le plus jeune enfant a également été porté disparu, ainsi que deux autres passagers. Le bateau convoyait au total 22 personnes.

Il constitue le pire drame migratoire à ce jour dans la Manche, où les tentatives de traversées se multiplient depuis 2018. Entre le 1er janvier et le 31 août, 6.200 migrants y ont tenté leur chance, selon les chiffres officiels.

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