Musiques/Covid-19: les gros festivals coupent le son

Musiques/Covid-19: les gros festivals coupent le son
Festival de Lollapalooza en août 2013 à Chicago

, publié le mercredi 31 mars 2021 à 20h01

Art Rock, Main Square, Lollapalooza: la liste des gros festivals d'été de musiques actuelles annulés s'allonge encore, en raison d'une crise sanitaire tenace et de restrictions rédhibitoires.

Ces évènements, qui n'avaient déjà pas pu se tenir en 2020, rejoignent la cohorte des festivals XXL qui ont déjà jeté l'éponge, tels Solidays (228.000 personnes en 2019), Hellfest (180.000 spectateurs en 2019) ou encore Garorock (162.000 spectateurs en 2019).

"C'est triste, la liste s'allonge et ce n'est pas fini", commente pour l'AFP Malika Seguineau, du Prodiss (Syndicat national du spectacle musical et de variété). "Les grosses tournées automnales dépendent en grande partie de la tenue des festivals: on finit par se dire que 2021 pourrait être pire que 2020... C'est terrible", confie la responsable.

Le cadre fixé par le gouvernement pour l'organisation de festivals cet été -- 5.000 personnes maximum, assises et distanciées -- ne convient pas à la plupart des formats de musiques actuelles. 

Le Main Square (115.000 personnes en 2019 à Arras) indique ainsi mercredi ne pas s'y retrouver: "Pouvons-nous réellement nous priver de la convivialité, de l'échange, de la frénésie et du partage qui font tout le sel de l'événement ?". Les organisateurs ont répondu non et donné rendez-vous en 2022.

- "Absence totale de perspective" -

Art Rock (80.000 personnes en 2019 à Saint-Brieuc) a mis en avant dès mardi la "dégradation du contexte sanitaire et de l'absence totale de perspective quant à la réouverture des lieux culturels" pour justifier son annulation. 

Les mots sont à peu près les mêmes du côté du Lollapalooza à Paris (95.000 personnes en 2019), qui a aussi renoncé mardi. Art Rock espère pouvoir mettre sur pied une manifestation alternative en septembre mais évoque d'ores et déjà "6 millions d'euros de flux économiques et plus de 1,8 million de recettes qui manqueront à l'économie de notre territoire (région)". 

Les regards se tournent désormais vers les Eurockéennes de Belfort (128.000 personnes en 2019) à la programmation internationale. Son directeur général Jean-Paul Roland avait parlé d'"impasse" lors d'une table-ronde virtuelle organisée par le Sénat mi-mars, ce qui n'augure rien de bon. D'autant que le public des "Eurocks", sondé début mars (plus de 21.000 réponses), a rejeté à 72 % l'idée d'assister aux concerts en étant assis.

Pour l'heure, parmi les festivals majeurs de musique actuelle, Les Vieilles Charrues (270.000 spectateurs en 2019) et les Francofolies (150.000 en 2019) ont promis de se dérouler en s'adaptant. 

- Quid des concerts-tests ?  -

Mais la plupart des autres "sont contraints d'annuler". "Ils ont essayé de jouer le jeu", insiste Malika Seguineau. "Car le cadre est plus qu'incertain: distanciation, mais avec un siège sur deux, sur trois ? Avec une capacité à 35%, à 65% ? On ne sait pas", détaille-t-elle. Les organisateurs du Main Square déplorent d'ailleurs dans leur communiqué les "atermoiements du gouvernement".

Malika Seguineau souligne par ailleurs "l'insuffisance" du fonds d'aide dédié aux festivals: "sur les 30 millions, il y en 20 pour la musique -toutes esthétiques confondues, des musiques actuelles au classique- et 10 en direction des arts de rue et du théâtre". "On comprend qu'il faudrait organiser un évènement sur nos fonds propres, alors que nous en aurons besoin pour réenclencher la dynamique en 2022, nous ne pouvons donc pas prendre ce risque pour 2021", décrypte la responsable. 

Pour assombrir encore un peu plus le tableau, les concerts-tests n'ont de cesse d'être reportés. Ils n'entraient pas en ligne de compte pour cet été, mais pour préparer une éventuelle réouverture des salles de concerts debout cet automne. 

A Paris, une expérimentation avec 5.000 personnes en concert debout à Bercy est notamment envisagée. "Les protocoles sanitaires sont bouclés et transmis aux autorités, pour validation, indique Malika Seguineau. Mais nous nous rendons bien compte qu'il faudra sans doute reporter sur mai". 

"Or c'est maintenant qu'il faut anticiper. Nous avons un temps lent de redémarrage. Si on nous dit +oui+ seulement en septembre, c'est trop tard, il n'y aura rien en 2021", prévient-elle. "Quand les signaux seront au vert, personne ne sera prêt, c'est désolant", renchérit auprès de l'AFP Aurélie Hannedouche, du Syndicat des musiques actuelles (Sma).

Vos réactions doivent respecter nos CGU.