Musique: le bagad breton de Lann Bihoué, ambassadeur de la Marine française

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Le bagad breton de Lann Bihoué le 7 août 2016 à Lorient
Le bagad breton de Lann Bihoué le 7 août 2016 à Lorient
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© AFP, JEAN-SEBASTIEN EVRARD

AFP, publié le jeudi 18 juillet 2019 à 13h39

"Quatre ans au sein du bagad, quatre ans de bonheur, au-delà de mes espérances !". A 25 ans, Baptiste Mebrouk garde un souvenir enthousiaste de son expérience de musicien au bagad de Lann Bihoué, une formation musicale bretonne ambassadrice de la Marine nationale et de la France. 

Du Japon aux Etats-Unis, des Champs-Elysées aux Festivals de l'été et aux célébrations de la fête nationale le 14 juillet dans des ambassades de France à l'étranger, le bagad est sur tous les fronts: 30 jeunes gens et jeunes femmes de 18 à 29 ans, engagés pour un an comme matelots, un contrat renouvelable quatre fois, soit cinq ans maximum.

Les bagads rassemblent plus de 8.000 sonneurs mais celui de Lann Bihoué est le seul qui soit professionnel.

Il "respecte la répartition habituelle" des instruments dans ces formations, en quatre pupitres: cornemuse écossaise (10), bombarde (12), caisse claire (5) et percussion (3). A ces éléments traditionnels s'ajoutent, selon le parcours des musiciens recrutés, d'autres instruments: saxo, clarinette, flûte irlandaise, percussions sud-américaines ou autres.

"Le fond du répertoire, c'est toujours la musique traditionnelle bretonne", rappelle Pascal Olivier, le "Penn-Bagad" de la formation, à la fois régisseur, logisticien et manager.

"Mais le recours à d'autres instruments permet de moderniser le répertoire, de revisiter les morceaux, de dynamiser cette musique."

Hébergé sur la base aéronavale de Lann-Bihoué, à Quéven près de Lorient (ouest), "le bagad effectue en moyenne 70 prestations dans l'année en France et à l'étranger, entre début février et fin septembre", détaille Pascal Olivier. "Avec notre autobus, on fait 30 à 35.000 km par an. Sans compter les avions !" 

- De Windsor à la Malaisie - 

Kevin Lossouarn, 27 ans, a choisi de n'y passer qu'un an, entre la fin de ses études et ses débuts professionnels. Son plus beau souvenir ? "Un concert dans une école coranique en Malaisie où les enfants avaient des étoiles dans les yeux..."

L'un des "moments forts" pour Baptiste Mabrouk a été "la fois où on est allés voir la reine Elisabeth au château de Windsor. On était logés là-bas pendant une semaine. On a participé à un spectacle militaire, on a fait des défilés et on a vu la reine trois fois pendant cette semaine. On n'oublie pas des choses comme ça !".

Irlande, Qatar, Roumanie... "on a déjà reçu 55 demandes pour 2020", confie Pascal Olivier qui, lui, garde un souvenir ému d'un voyage au Japon en novembre dernier. Le bagad y a notamment "donné un concert de plus de deux heures" lors d'un festival de musique militaire, "une grande surprise pour les Japonais qui ne connaissaient pas ces instruments. Ca les a épatés".

"Si on est autant demandés, c'est bien parce qu'on connait notre niveau, notre professionnalisme. Et notre rigueur aussi, parce que nous sommes militaires quand même !", dit-il.

Pascal Olivier gère le volet administratif mais la responsabilité musicale revient au "Penn-soner", le chef de bagad, élu par les musiciens.

Celui-ci choisit le répertoire en début de saison, organise les répétitions et prépare les sonneurs selon les prestations : défilé, concert, aubade, publics comme privés.

Les musiciens se produisent parfois à deux ou trois, pas toujours en formation complète.

Chaque année, 30% du bagad est renouvelé, sur candidatures puis auditions.

"Je ne réclame pas de diplôme. Pour moi, la priorité, c'est d'être un très bon musicien", assure le Penn-Bagad. 

La personnalité des candidats est aussi cruciale. "Pour intégrer le bagad, il faut un état d'esprit, le goût du collectif. C'est hyper important". Ces jeunes, dont la moyenne d'âge est de 23 ans, vont "vivre ensemble 24h sur 24". 

- Le haut du panier -

La plupart des musiciens sont issus du même vivier, les bagadou de "première ou deuxième catégorie", le haut du panier de ces formations musicales bretonnes.

Certains se sont croisés voire ont rivalisé lors des multiples compétitions organisées chaque année entre bagadou, notamment lors du championnat annuel, dont la finale se déroule en août pendant le Festival Interceltique de Lorient.

Quand on quitte Lann-Bihoué, vient le retour à la vie civile, que la Marine peut accompagner.

Baptiste Mebrouk a bénéficié de cette aide à la reconversion. Il s'était engagé à 17 ans à Lann-Bihoué, sans même attendre le baccalauréat. "J'étais le plus jeune", dit-il.

Dans la vie civile, il est devenu animateur radio, un métier dont l'envie lui est venue pendant ses années au bagad.

"Il a fallu revenir sur terre car au bagad, on est comme dans un cocon."

Menacé de suppression par l'Etat à plusieurs reprises depuis sa création en 1952, le bagad de Lann-Bihoué reste un emblème pour la Marine française.

Et pour Pascal Olivier, "c'est une évidence: le bagad, reconnu nationalement et internationalement, est un ambassadeur de la Marine !"

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