Mouvement anti-pass sanitaire : l'avocat Fabrice Di Vizio, visé par une enquête disciplinaire, risque la radiation

Mouvement anti-pass sanitaire : l'avocat Fabrice Di Vizio, visé par une enquête disciplinaire, risque la radiation©JOEL SAGET / AFP

publié le jeudi 11 novembre 2021 à 08h03

L'avocat Fabrice Di Vizio aux 130.000 abonnés sur Twitter est régulièrement l'invité de l'émission "Touche pas à mon poste" de Cyril Hanouna sur C8, il s'est aussi souvent affiché aux côté de l'ex-bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot.

Il est une figure du mouvement anti-pass sanitaire. L'avocat Fabrice Di Vizio est visé par une procédure disciplinaire de l'Ordre des avocats de Paris.

Depuis plus d'un an, il multiplie les recours massifs contre la gestion gouvernementale de la crise sanitaire, inspirant le scepticisme de certains de ses pairs.




Le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris, Me Olivier Cousi, a confirmé à l'AFP mercredi 10 novembre l'ouverture, mardi, de cette enquête disciplinaire qui pourrait déboucher sur des sanctions pouvant aller jusqu'à l'interdiction d'exercer ou la radiation.

En cause, selon une source proche du dossier, ses déclarations virulentes. Mi-septembre, franceinfo avait aussi indiqué que des "plaintes de clients mécontents (avaient) été reçues par le Conseil". "Radicalement faux", a contesté Fabrice Di Vizio.

Sollicité par l'AFP, l'intéressé, qui voudrait briguer un mandat aux législatives de juin, a affirmé ne pas avoir été notifié de cette procédure, estimant cela "inadmissible", mais s'en réjouissant. "Enfin, ils me poursuivent !" Puis d'ajouter sur Twitter : "J'avais hâte ! Que la fête commence ! Et je vais donner à la presse et surtout au public l'acte de poursuite ! Ainsi finies les rumeurs de manquement à la probité et chacun se rendra compte de quoi on parle ! J'ai dit merde j'ai dit bordel et l'ordre aime pas les gros mots."



Une personnalité médiatique

Voix stridente, lunettes rondes, veste en cuir, cet avocat de 47 ans spécialiste du droit de la santé publique est devenu dès le début de la crise sanitaire au printemps 2020 une personnalité médiatique.

Invité régulier de l'émission "Touche pas à mon poste" de Cyril Hanouna sur C8, il s'est aussi souvent affiché aux côté de l'ex-bras droit de Marine Le Pen et chef de file des "Patriotes", Florian Philippot, qui vante auprès de l'AFP un homme "passionné dans son combat et exigeant dans son argumentation".

A ses plus de 130.000 abonnés sur Twitter, il distille abondamment des commentaires sur ses recours juridiques, ponctués de messages hostiles à la vaccination.

"Je mourrai du Covid s'il le faut mais je ne serai pas vacciné. Entre vivre comme un lâche et mourir avec honneur, mon choix est fait", lançait-il en juillet.

Un passage dans "Touche pas à mon poste" est d'ailleurs prévu, à en croire un message qu'il a posté sur Twitter. "Puisque l'ordre n'aime pas TPMP et que Cyril Hanouna et moi sommes des vilains je vais faire acte de contrition en .. y retournant ! Je viens de caler ça avec Cyril ! Je suis pas là avant jeudi prochain puisque à Marseille mais jeudi je vais aller m'expliquer", peut-on lire.



Sur son site internet, l'avocat affirme avoir traité "des dossiers sensibles et complexes, allant du Médiator en passant par la grippe H1N1". Il y défend souvent des professionnels de santé s'opposant à des décisions gouvernementales.

Fabrice Di Vizio est aussi l'avocat du controversé professeur Didier Raoult dans un dossier disciplinaire devant l'Ordre des médecins de Nouvelle-Aquitaine, qui a examiné début novembre deux plaintes.

A son tableau de chasse, il peut faire figurer ses plaintes déposées pour plusieurs médecins et des particuliers qui ont contribué à l'ouverture d'une information judiciaire à la Cour de justice de la République en juillet 2020 visant notamment Edouard Philippe, Olivier Véran et Agnès Buzyn, sur la gestion de la crise sanitaire.

L'ex-ministre de la Santé a été mise en examen début septembre pour "mise en danger de la vie d'autrui".

Des actions collectives

Fabrice Di Vizio s'est aussi fait connaître avec ses recours et actions collectives massifs. Plusieurs milliers de plaintes sont ainsi arrivées en quelques semaines à la CJR à propos de la gestion de l'épidémie de Covid-19.

Elles sont "accessibles en ligne, sur le site de l'avocat controversé. Il y a quatre modèles, concernant des faits et des ministres différents", relevait en septembre une source judiciaire.  

Ce "harcèlement judiciaire", comme l'avocat l'appelle lui-même, est une pratique bien rodée, selon d'anciens clients.

"Il disait aux médecins de faire des actions à vingt ou à cinquante", s'est souvenu le docteur Jérôme Marty, président de l'Union française pour une médecine libre (UFML) représentée par l'avocat entre 2013 et 2015. "C'était de 50 à 100 euros par personne. Des adhérents ont versé plusieurs fois et se plaignaient que ça n'aboutissait pas".

Au cours de l'été, quand Emmanuel Macron a annoncé la généralisation du pass sanitaire et l'obligation vaccinale pour les soignants, Fabrice Di Vizio a introduit deux recours : 1,20 euro par signataire contre le pass et entre 100 et 300 euros en fonction des catégories professionnelles contre l'obligation vaccinale.

Le système est même industrialisé un peu plus tard grâce à un site internet sur lequel on trouve modèles de plaintes et recours.

Une méthode "trompeuse", a contesté un ancien membre du conseil de l'Ordre des avocats à Paris. "Il fait faire des recours à 2 euros contre des décisions du Conseil constitutionnel, devant le conseil d'État, alors qu'il sait que ça ne fonctionnera pas. Juridiquement, une décision du Conseil constitutionnel n'est pas contestable".

Un autre avocat, spécialiste en santé publique, a qualifié ses pratiques de "filon", "pas conformes aux règles déontologiques".

Fabrice Di Vizio avait déjà été sanctionné par ses pairs en juillet 2015, selon une source proche du dossier : 18 mois d'interdiction d'exercer la profession d'avocat, ramenés à six mois avec sursis en appel en septembre 2016.

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