Mosquée de Strasbourg: Darmanin dénonce le "financement d'une ingérence étrangère", la maire réplique

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Gérald Darmanin le 15 février 2021
Gérald Darmanin le 15 février 2021
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© AFP, Philippe DESMAZES

publié le mercredi 24 mars 2021 à 22h24

La passe d'armes entre Gérald Darmanin et la maire écologiste de Strasbourg Jeanne Barseghian se poursuit: le ministre de l'Intérieur a de nouveau accusé mercredi la municipalité de Strasbourg de "financer une ingérence étrangère sur le sol" français avec l'adoption lundi d'une subvention à la construction d'une mosquée soutenue par une association pro-turque.

"J'ai eu l'occasion de dire à la maire de Strasbourg (...) que nous ne trouvions pas ça pour le moins amical avec les intérêts français", a-t-il assuré sur RMC/BFMTV, expliquant que "cette fédération pro-turque n'a pas voulu signer la charte des valeurs de la République".

"Nous considérons, nous, que cette association n'est plus capable d'être dans le monde représentatif de l'islam de France", a poursuivi M. Darmanin.

M. Darmanin a soutenu avoir, lors d'une visite à Strasbourg en janvier, "averti les élus locaux et les services de la préfecture de tentatives d'ingérences extrêmement fortes dans notre pays, notamment de la part de la Turquie".

"Nous considérons que cette collectivité [la mairie de Strasbourg] n'aurait pas dû financer une ingérence étrangère sur notre sol", a-t-il dit.

Toutefois, Jeanne Barseghian a de nouveau réfuté, dans une lettre adressée à M. Macron, avoir reçu une quelconque alerte des services de l'Etat au sujet de la mosquée Eyyub Sultan.

"Depuis mon élection en juillet 2020 et jusqu'au tweet publié le 23 mars par le ministre de l'Intérieur, l'Etat n'a formulé aucune alerte sur ce projet ni sur l'association qui le porte", écrit Mme Barseghian dans le courrier adressé au président de la République et consulté par l'AFP.

"Le ministre de l'Intérieur n'a émis aucune mise en garde à ce sujet, ni pendant sa visite ni après. La préfecture n'a pas davantage adressé une quelconque mise en garde", ajoute-t-elle.

Sollicitée par l'AFP, elle a rappelé que le projet de construction de cette mosquée remontait "à une dizaine d'années" et que la cérémonie de pose de la première pierre s'était déroulée en 2017 "en présence de (son) prédécesseur Roland Ries et du préfet Jean-Luc Marx, avec un certain nombre de parlementaires".

"J'ai le sentiment d'être dans une instrumentalisation politique", conclut la maire de Strasbourg auprès de l'AFP. "S'il s'agit d'une ingérence étrangère sur le sol français, cela relève de l'Etat, du gouvernement, donc c'est à l'Etat de prendre ses responsabilités et de partager avec les élus locaux les informations dont il dispose".

Dans la soirée, la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, a appuyé la position de M. Darmanin: "Sur bien des points, cette lettre (au président de la République) fournit des informations inexactes. (...) Mme la maire affirme que les services de l'Etat ne lui ont jamais signifié leur préoccupation au sujet de ce projet. Ceci n'est pas exact, puisque la Préfète l'a fait personnellement, et ce à plusieurs reprises", affirme-t-elle dans un communiqué.

Mme Chevalier souligne également que ce projet de mosquée "est porté par un mouvement fondamentaliste proche des Frères musulmans". "Ce mouvement prône un islam rigoriste, comme en témoigne par exemple son refus récent d'approuver la charte élaborée par le Conseil français du Culte Musulman. Ce mouvement a également milité ces derniers jours contre la Convention d'Istanbul qui favorise la lutte contre les violences faites aux femmes".

Cette passe d'arme n'a pas manqué de faire réagir la direction d'EELV, qui a déploré une "cabale médiatique orchestrée par le parti de la majorité" contre les élus écologistes.

De son côté, le maire EELV de Grenoble Eric Piolle s'est dit "scandalisé", auprès de l'AFP, "que le président de la République lâche une bombe (mardi sur France 5, NDLR) sur une possible ingérence turque sur la présidentielle" et qu'immédiatement après "ses ministres viennent pointer du doigt la maire de Strasbourg". 

Le projet de mosquée est porté par l'association Milli Görüs (Vision nationale, en turc), qui veut faire de la mosquée Eyyub Sultan la plus grande d'Europe. Le coût de construction du bâtiment (mosquée plus salles d'étude) est estimé à 32 millions d'euros, financés par des dons.

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