Morts liées à l'alcool : la Cour des comptes accuse l'État de "complicité"

Morts liées à l'alcool : la Cour des comptes accuse l'État de "complicité"
L'alcool est responsable de 49.000 décès en France par an (illustration)

, publié le lundi 13 juin 2016 à 10h47

- À l'heure où Bernard Cazeneuve et son ministère de l'Intérieur ont lancé une grande chasse aux boissons alcoolisées sur les zones "sensibles" de l'EURO 2016, c'est une information qui fait tache. Selon Europe 1, la Cour des comptes s'apprête à rendre public un rapport accablant, pointant la responsabilité et la "complicité" de l'État dans les décès dus à la consommation d'alcool.

Le document doit être publié mercredi 15 juin. -

LA "MODÉRATION" NE SUFFIT PAS

Un élément primordial ressort du texte : la norme établie et communiquée par l'État relative au nombre "acceptable" de verres d'alcool par jour et par personne serait faussée. Loin des 3 "unités d'alcool" admises pour les hommes pour un usage régulier, et 2 pour les femmes, de nombreux cancers sont en réalité favorisés dès le premier verre. Ce constat rendrait donc le célèbre avertissement "À consommer à modération" caduque, voire dangereux. Une étude menée en 2013 a révélé que l'alcool est responsable de 49.000 décès en France par an.

Deuxième point mis en exergue : des manques dans les dispositifs de contrôle de la consommation d'alcool. Les investissements consentis par l'État dans la recherche médicale sur les effets de l'alcool seraient largement insuffisants. En comparaison, les moyens seraient 10 fois supérieurs aux États-Unis dans le même secteur. À la prévention, jugée plus difficile à mettre en place, la France préfère les contrôles de vitesse et d'alcoolémie sur les routes, moins coûteux.

L'ÉTAT "SUR DES ŒUFS" VIS-À-VIS DE LA FILIÈRE VITICOLE

Dans un pays où le secteur de la vigne et du vin implique 558.000 acteurs et occupe une place de poids dans le paysage économique et culturel, la Cour des Comptes accuse donc l'État de sous-estimer les problèmes liés à l'alcool, et déplore son manque d'efforts pour faire évoluer la situation. En 2015, les exportations de vin ont rapporté près de 8 milliards d'euros à la France, et tout changement dans les politiques relatives à l'alcool demeure un sujet épineux pour les autorités.

Le rapport met également en garde sur le risque juridique lié à la passivité de l'État à alerter l'opinion sur les dangers de l'alcool. Des actions en justice sont en effet envisageables, avec le précédent d'un cas similaire : le tabac. À l'étranger, des malades du cancer du poumon ont déjà obtenu réparation suite à des procédures intentées à l'encontre de cigarettiers. À l'heure du durcissement de la législation anti-tabac, la prévention contre l'alcool doit suivre le même chemin: telle est la recommandation de la Cour des Comptes.

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