Morts d'abeilles : les néocotinoïdes de retour à l'Assemblée nationale

Morts d'abeilles : les néocotinoïdes de retour à l'Assemblée nationale
Des manifestants opposés au retour des néocotinoïdes.

, publié le samedi 03 octobre 2020 à 08h20

Décriés pour leur impact sur les abeilles, les néocotinoïdes, des insecticides, avaient été interdits. Un projet de loi envisage de les réintroduire temporairement dans la filière betteraves.

Les débats s'annoncent houleux à l'Assemblée nationale.

En cause, la réouverture lundi 5 octobre d'un dossier sensible projet de loi controversé visant à la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes. Un retour motivé par la volonté de préserver la filière betteraves, qui fait face à la ferme opposition du camp écologiste et de certains dans la majorité.


L'exécutif et les "marcheurs" voulaient verdir leur action, ils butent sur la jaunisse. Avec son projet de loi permettant le recours temporaire et encadré à des insecticides néfastes pour les abeilles, le gouvernement est accusé de brouiller dès cette rentrée son message sur la transition écologique. Une exception qu'il justifie par la sauvegarde d'une filière qui emploie 46.000 personnes dont 25.000 agriculteurs.

La raison ? Dans de nombreuses régions, les betteraves issues de semences non enrobées d'insecticide sont atteintes de "jaunisse", en raison d'un puceron vert vecteur de la maladie qui affaiblit les plantes. La réintroduction de semences de betteraves enrobées avec des néonicotinoïdes doit permettre de protéger les rendements sucriers.

Interdiction en 2018

Le hic est que ce type de pesticide a été interdit en 2018. Et voilà le gouvernement obligé de rétro-pédaler, en s'appuyant sur le règlement européen sur les phytosanitaires permettant de déroger à l'interdiction en l'absence d'alternative. "C'est une question de souveraineté", met en avant le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, alors que 11 pays producteurs ont en Europe autorisé les dérogations pour les néonicotinoïdes.

"Nombre de planteurs, en ce moment même, hésitent à replanter des betteraves" et "si les sucreries ferment, c'est toute la filière de la betterave qui peut disparaître en une ou deux saisons", fait valoir le ministre. C'est lui qui sera présent dans l'hémicycle, et non la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, qui avait elle-même porté en 2016 la loi interdisant ces insecticides et appuie désormais cette réautorisation ciblée.

"Contresens historique"

Pour le gouvernement, qui pourra compter sur le soutien des LR, le projet de loi n'est pas "un renoncement écologique". Il programme "la fin des néonicotinoïdes" à l'horizon 2023, souligne le rapporteur LREM du texte, Grégory Besson-Moreau. Pour le député de l'Aube, où se trouve l'une des plus grosses sucreries d'Europe, "personne ne nie les dangers de cette substance".

Pourquoi dès lors ne pas y renoncer purement et simplement, tempêtent les opposants au projet gouvernemental? Happening près du Palais Bourbon, tribune dans le Monde, les pro-environnement et la gauche estiment que le projet de loi, conçu selon eux "sous la pression des lobbys de l'agriculture", est un "recul démocratique majeur" et un "contresens historique".

"C'est le dernier grand vote sur la biodiversité du quinquennat", attaque Matthieu Orphelin (EDS). Ce proche de Nicolas Hulot a obtenu un vote solennel sur l'ensemble du projet de loi, qui aura lieu mardi et lors duquel tous les députés "pourront se positionner sur ce sujet important".

En dramatisant l'enjeu, l'ex-"marcheur" cherche à enfoncer un coin au sein du groupe majoritaire, où des voix dissonantes sont apparues. Malgré une opération déminage en amont, des députés comme Yves Daniel, Jean-Charles Colas-Roy ou Sandrine Le Feur ont déjà annoncé leur opposition au projet de loi. Revenir sur une loi "conduirait à affaiblir la confiance démocratique", souligne cette dernière, agricultrice de profession.

Vers "une discussion serrée"

"Le texte n'est pas simple" et "on sait très bien que la discussion va être serrée dans l'hémicycle", reconnaît Jean-Baptiste Moreau (LREM), lui aussi agriculteur mais soutien du projet de loi. Selon lui, des députés "ne veulent pas revivre la séquence" d'il y a deux ans autour du glyphosate, cet herbicide controversé dont la sortie n'a finalement pas été inscrite dans la loi. Un épisode vécu comme un "traumatisme" par certains, et qui avait coûté cher dans l'opinion publique.

Pour "verdir" sa position, le groupe LREM a fait voter en commission la création d'un conseil de surveillance où figureront quatre parlementaires. Et aussi l'interdiction, sur des parcelles où ont été utilisés des néonicotinoïdes, d'implanter des cultures attirant les abeilles afin de ne pas les exposer aux résidus d'insecticides.

Les députés ont en outre précisé que les dérogations permises visaient explicitement les betteraves sucrières. Le gouvernement l'avait promis mais ne voulait pas l'inscrire dans le texte par crainte d'une censure du Conseil constitutionnel.
 

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