Mort du petit Tony à Reims : "Les voisins n'ont pas osé parler"

Mort du petit Tony à Reims : "Les voisins n'ont pas osé parler"
Transporté aux urgences pédiatriques de l'hôpital américain de Reims (Marne), le petit Tony est décédé à son arrivée (photo d'illustration).

Orange avec AFP, publié le mercredi 30 novembre 2016 à 13h47

Le procureur de Reims, Matthieu Bourrette, a lancé ce mercredi 30 novembre un appel à témoins, quatre jours après la mort du petit Tony, 3 ans, tué sous les coups du conjoint de sa mère. "S'il est trop tard pour sauver l'enfant, il est important de comprendre l'enchaînement, le quotidien, pour l'enquête, puis le procès", a expliqué le magistrat dans le journal L'Union.

"Les voisins n'ont pas osé parler. Je ne jette la pierre à personne. Mais si quelqu'un sait des choses, il faut le dire maintenant".

"Toute personne qui aurait des éléments en sa possession pour nous permettre de comprendre précisément ce que pouvait être la vie de cet enfant pendant ce mois et demi est invitée à se signaler auprès de la police ou du parquet de Reims", a-t-il détaillé dans les colonnes du quotidien local. Mardi, le magistrat avait déjà dénoncé la "passivité du voisinage" : "les premières investigations ont montré qu'un certain nombre de gens avaient pu être des témoins auditifs de cris de l'enfant, d'insultes...", avait-il déclaré auprès de France Bleu Champagne-Ardenne. L'enfant n'allait plus à l'école depuis le lundi 21 novembre.



UNE MARCHE BLANCHE CE MERCREDI SOIR

"A chaque fois que la police est intervenue c'était à chaque fois pour des tapages. À aucun moment quelqu'un leur a fait savoir qu'il y avait un enfant qui était battu. C'est finalement contre ce silence collectif que nous devons nous battre", avait-il ajouté sur BFMTV. Certains voisins affirment avoir réagi : "On nous a dit qu'il y allait avoir une enquête interne, qu'il n'y avait pas besoin d'aller voir la police", a expliqué Jonathan au Parisien. "Maintenant il est trop tard. J'imagine que tout l'immeuble a sur lui le poids de la responsabilité, mais on fait ce qu'on avait à faire en alertant les pouvoirs publics".


Une marche blanche est organisée ce mercredi à Reims. Le cortège partira à 18h de l'hôpital américain où l'enfant n'avait pas pu être réanimé pour se diriger ensuite vers le quartier des Châtillons, où il vivait avec sa mère. Une cagnotte a également été mise en ligne sur les réseaux sociaux par la famille pour financer les obsèques de l'enfant.

LE PRINCIPAL SUSPECT DÉJÀ CONDAMNÉ SEPT FOIS

Avant de succomber à une énième salve de coups, Tony avait servi de "souffre-douleur" au conjoint de sa mère, un homme de 24 ans déjà condamné sept fois pour violences, a révélé le parquet de Reims lundi. Une enquête pour "homicide volontaire aggravé sur mineur de moins de 15 ans, violences habituelles sur mineurs de moins de 15 ans par ascendant légitime ou personne ayant autorité, non-dénonciation de mauvais traitements et non-assistance à personne en péril", a également été ouverte. La mère du petit, âgé de 19 ans, ainsi que son conjoint (24 ans) ont été placés en détention provisoire.


Le jour du drame, la mère de famille avait alerté les pompiers en indiquant que son fils "avait perdu connaissance". Sur place, les pompiers ont constaté que l'enfant était dans "un état particulièrement grave" et présentait "de très nombreux bleus". Selon les résultats de l'autopsie réalisée dimanche, les causes de la mort sont dues à "une rupture de la rate et du pancréas" liée à des coups à l'abdomen. De "très nombreux hématomes" ont aussi été relevés sur l'ensemble du corps de la victime, accréditant la thèse de violences régulières "pendant un mois à un mois et demi".

La mère de l'enfant est apparue "effondrée" pendant sa garde à vue. Elle a d'abord tenté de minimiser les faits avant de reconnaître que son compagnon, avec lequel elle entretenait une relation depuis trois mois, frappait son fils", a précisé le procureur. Interpellé avec sa compagne par les forces de l'ordre, le mis en cause a été condamné sept fois entre 2009 et 2015 pour menaces, dégradation, violences et outrage. Le conjoint violent et la mère encourent respectivement la réclusion à perpétuité et 5 ans de prison.

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