Mort de Naomi : Agnès Buzyn envisage de "simplifier" la prise en charge des appels d'urgence

Mort de Naomi : Agnès Buzyn envisage de "simplifier" la prise en charge des appels d'urgence
La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, le 26 mars 2018.
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Orange avec AFP, publié le jeudi 10 mai 2018 à 11h40

VIDÉO. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est revenue mercredi soir sur BFMTV sur le décès fin décembre de Naomi Musenga (22 ans), victime d'un infarctus et non prise au sérieux par une opératrice téléphonique du Samu.

La ministre attend la conclusion de l'enquête de l'Inspection générale des Affaires sociales (IGAS) pour prendre des décisions mais pointe déjà des dysfonctionnements.

L'enquête diligentée par la ministre devra déterminer les circonstances qui ont mené au drame : "J'aurai la conclusion, j'espère, en fin de semaine (prochaine, ndlr). Elle nous dira si le service était en tension, si le nombre d'appels était anormal", a expliqué la ministre de la Santé sur BFMTV. "Cela me permettra de savoir s'il y avait un dysfonctionnement généré structurellement ou si c'est un cas individuel, malheureusement, de quelqu'un qui n'a pas suivi une procédure".

"Il y a peut-être lieu d'améliorer les choses"

Agnès Buzyn pointe cependant, d'ores et déjà, des problèmes dans la prise en charge de l'appel : "La personne n'a pas forcément le médecin au téléphone mais l'opérateur doit raconter le cas et le médecin doit donner un avis", a-t-elle rappelé. "Clairement, l'opératrice n'a pas prévenu le médecin".



La ministre s'étonne également d'avoir pris connaissance de ce décès par la presse, près de cinq mois après les faits : "Quand un événement grave survient dans un hôpital ou un établissement de santé l'établissement doit informer l'agence régionale de santé (ARS) qui fait également informer le ministère si c'est un sujet de décès (...) Cette déclaration, qui est obligatoire, n'a pas eu lieu", a-t-elle déclaré.

Un rapport "inter-inspection" doit également faire le point sur les différents numéros d'urgence : "On a commencé à travailler sur ce système qui est en effet un peu compliqué pour les gens. Il y a peut-être lieu d'améliorer les choses", a-t-elle ajouté.



Y-a-t-il un problème de formation ? "Ce sont souvent des infirmiers, des ambulanciers, des personnes qui travaillent dans le secteur médical ou médico-social qui dans une évolution de carrière peuvent devenir régulateur au Samu, ou opérateur", a répondu la ministre. "Ce sont des personnes qui vont avoir un background général dans le champ de la santé et qui vont avoir des formations particulières à l'écoute". Faut-il des formations plus spécifiques ? "C'est une des questions qui vont être posées et qui sont sur la table aujourd'hui", a ajouté Agnès Buzyn.

Remonter "toute la chaîne" de responsabilité

S'exprimant mercredi devant la presse, les avocats de la famille, Mes Mohamed Aachour et Nicole Radius, ont souligné qu'il ne s'agissait pas de "charger" l'opératrice du Samu mais de remonter "toute la chaîne" de responsabilité jusqu'au ministère de la Santé. Une plainte pour "non-assistance à personne en danger" et "mise en danger de la vie d'autrui" sera déposée "contre X et contre les hôpitaux universitaires de Strasbourg" vendredi, a indiqué l'avocat.



Le 29 décembre, Naomi Musenga, jeune strasbourgeoise originaire de la République démocratique du Congo et mère d'une petite fille de 18 mois, était seule à son domicile quand elle a été prise de violentes douleurs au ventre. Elle a alors composé un numéro d'urgence. D'abord transférée vers le centre d'appels des pompiers puis vers celui du Samu, elle avait obtenu pour seul conseil de l'opératrice du Samu d'appeler SOS Médecins.

Après plusieurs heures, elle était parvenu à joindre les urgences médicales, déclenchant cette fois l'intervention du Samu. Emmenée à l'hôpital, elle avait ensuite été victime d'un infarctus avant de décéder. Dans l'enregistrement de son appel au Samu obtenu par sa famille et révélé par le mensuel alsacien Heb'di, on l'entend à bout de force. "J'ai mal au ventre", "J'ai mal partout", "Je vais mourir...", expliquait-elle en peinant à s'exprimer.



"Vous allez mourir, certainement un jour comme tout le monde", lui a alors répondu l'opératrice, la renvoyant vers SOS Médecins. En aparté, la jeune femme avait également été moquée par l'opératrice qui régule les appels du SAMU et celle du Centre de traitement des alertes (CTA) des pompiers du Bas-Rhin. Le parquet de Strasbourg a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête préliminaire pour faire la lumière sur le décès. L'opératrice téléphonique a été suspendu "à titre conservatoire".

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