Mort de la "Dame de fer" de la Guadeloupe, Lucette Michaux-Chevry

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Lucette Michaux-Chevry dans le camp de réfugiés tutsis de Nyarushishi, au Rwanda, en juin 1994
Lucette Michaux-Chevry dans le camp de réfugiés tutsis de Nyarushishi, au Rwanda, en juin 1994
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© AFP, Pascal GUYOT

publié le vendredi 10 septembre 2021 à 19h09

La "Dame de fer" de la Guadeloupe", Lucette Michaux-Chevry, est décédée jeudi à l'âge de 92 ans, après une très longue carrière en politique, saluée par de nombreuses réactions soulignant son engagement et sa détermination.

L'emblématique politicienne, très ancrée à droite, s'est éteinte après plusieurs mois de lutte contre un cancer de la gorge. Celle qu'on surnommait la Dame de fer des Caraïbes a occupé tous les postes politiques: de maire à la fin des années 80 jusqu'à ministre déléguée dans les années 1990, dans le gouvernement de Jacques Chirac, dont elle était une amie fidèle.

Le président Emmanuel Macron a rendu hommage dans un communiqué à une "représentante infatigable de son territoire" qui "aura marqué au cours de sa longue carrière politique l'histoire de la Guadeloupe".

"Investie pour donner à la Guadeloupe, et plus largement aux Outre-mers, une place de cœur et de choix dans notre République, elle aura œuvré pendant près de 50 ans au service des Guadeloupéennes et Guadeloupéens", a salué le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu dans un tweet vendredi matin.

La classe politique locale a unanimement souligné le caractère bien trempé de cette femme politique, omniprésente dans la vie politique de l'île pendant 60 ans.

"Tout le monde est conscient au niveau de la Guadeloupe de qui a été Lucette Michaux-Chevry", a salué Guy Losbar, le président du département sur Radio Caraïbes International.

- "Chagrin immense" -

Née le 5 mars 1929 à Saint-Claude (Basse-Terre), Lucette Michaux-Chevry a occupé tour à tour tous les mandats locaux et nationaux, parfois en même temps.

Elue maire en 1987, elle s'est hissée jusqu'aux ors ministériels, en passant par les fonctions de conseillère générale, présidente de Région, sénatrice, députée. Elle a fini par quitter la vie politique début 2019, en démissionnant de son dernier poste, présidente d'agglomération.

Dès l'annonce de son décès, de nombreux hommages lui ont été rendus sur les réseaux sociaux, par des politiques, des personnalités ultramarines ou encore des anonymes, tous conscients qu'une page de l'histoire du territoire, où elle était à la fois crainte, admirée, ou décriée notamment pour ses démêlés judiciaires, vient de se tourner.

"J'ai mal et notre chagrin est immense", a écrit, sur Facebook, sa fille Marie-Luce Penchard, ancienne ministre sous Nicolas Sarkozy et maire de Basse-Terre, elle-même touchée par des accusations de détournement de fonds publics et de concussion.

"C'est à mon sens le plus grand +homme+ politique que j'ai rencontré", a souligné de son côté le député de Guadeloupe Olivier Serva (LREM).

Jacques Bangou, ancien maire de Pointe-à-Pitre, a également salué sa mémoire et son "panache": "Elle a été un personnage politique qui a représenté pour la Guadeloupe la fierté d'avoir quelqu'un qui savait taper du poing sur la table, et ne baissait jamais les bras vis-à-vis des représentants de l'Etat, même quand elle était dans les arcanes du pouvoir".

Elle était "un engagement, un caractère, une vision, le tout nourri d'un amour viscéral pour son île", a encore dit M. Serva.

"Issue à l'origine des rangs socialistes, Lucette Michaux-Chevry sera tour à tour devenue la grande figure de la départementalisation, avant de devenir avec la même verve et la même ardeur une militante de l'autonomie" du territoire, a déclaré la fédération du Parti socialiste de la Guadeloupe, saluant celle qui avait milité en 2003 pour le oui au référendum sur l'émancipation de la Guadeloupe.

- Plusieurs mises en examen - 

Mme Michaux-Chevry, avocate de formation, connaît sa première élection en 1959 en devenant conseillère municipale de sa ville Saint-Claude, alors que son fils a à peine quelques jours.

D'abord au Parti socialiste, elle soutient en 1981 le candidat à la présidentielle Valéry Giscard d'Estaing, marquant ainsi le début de son engagement à droite.

Sa longue carrière reste aussi émaillée d'affaires de corruption, entre autres démêlés judiciaires. Cultivant un pouvoir insulaire ne souffrant pas la contestation, elle connaît à partir des années 1990 plusieurs mises en examen, qui ne se concluent pas toutes par des condamnations. 

En 2019, Lucette Michaux-Chevry est toutefois condamnée à deux ans de prison avec sursis pour des délits environnementaux et de favoritisme en matière de transports publics.

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